Le détecteur de mensonge n'est pas un outil d'expertise

La question de la validité d'un test du polygraphe était abordée pour la première fois devant une juridiction de fond. Toutefois, l'expert canadien n'a pu être entendu qu'en tant que témoin

PAR PASCAL DE GENDT

AUDIENCE

La troisième journée du procès d'Olivier Pirson, le 1er sergent para soupçonné d'avoir assassiné ses deux enfants, était très attendue devant la Cour militaire. La journée cruciale du 28 octobre 2000 devait, en effet, être abordée. Au cours de celle-ci, Olivier Pirson avait subi le test du détecteur de mensonges, le fameux polygraphe, suivi par l'interrogatoire qui a conduit aux aveux que le prévenu refusera de signer.

Premier expert à être entendu, le polygraphiste canadien André Giroux. Un témoignage fort attendu, même par certains que l'affaire Pirson n'intéresse que de loin. On pouvait ainsi remarquer dans le public, la présence de Jean-Claude Lacroix, le «superviseur» des enquêtes sur les tueries du Brabant wallon. On sait que la cellule d'enquête de Jumet a déjà eu recours au détecteur de mensonges. Or, la question de la validité de cet instrument de travail était abordée pour la première fois devant une juridiction de fond.

Pour la défense, ce test du polygraphe, présenté à Olivier Pirson comme scientifique et infaillible, a fortement influencé celui-ci lorsque les résultats révélèrent que, selon le détecteur, il mentait. L'avocat du prévenu, Me Uyttendaele, n'a d'ailleurs jamais caché son aversion pour les méthodes du polygraphiste allant jusqu'à le traiter de «gourou» entretenant «une ambiance sectaire». La semaine dernière, l'auditeur militaire avait même jugé utile de prévenir la défense de ne pas tomber dans la goujaterie.

On ne peut donc s'empêcher de penser que Marc Uyttendaele a dû quelque peu jubiler lorsque le Canadien révéla qu'il n'avait aucun lien juridique avec la société privée à laquelle avait été commandée l'exécution du test du détecteur de mensonge. La société en question n'avait, en effet, personne sous la main à ce moment-là et a profité de la disponibilité d'André Giroux pour lui demander d'exécuter le test. La défense releva immédiatement cette faille juridique et le Canadien ne put pas être entendu à titre d'expert mais bien de témoin.

Après son court exposé, le président de la Cour lui signalait que le rapport produit ne pouvait pas être considéré comme une expertise étant donné que les graphiques qu'il contenait, ne pouvaient être exploités sans explications complémentaires. Gérard Wailliez, auditeur général, intervenait alors pour signaler qu'il avait toujours accordé «une valeur limitée» au test du polygraphe tandis que le conseil des parties civiles, Me Georges-Henri Beauthier déclarait, pour sa part, qu'il n'avait pas eu besoin de ce test pour être convaincu de la culpabilité du prévenu.

Autre surprise de la journée: le témoignage du Dr Deberdt, psychiatre, qui, pour vérifier les dires d'Olivier Pirson à propos du caractère imbuvable de l'antigel - rappelons que l'autopsie avait révélé la présence de méthanol dans l'organisme des deux enfants - a procédé à sa propre petite enquête et a retrouvé, chez les garagistes pour machines agricoles, un tel produit paraissant buvable. La question du méthanol sera abordée plus en profondeur dès mardi.

© La Libre Belgique 2001

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