Procès Pirson : "il y a du méthanol buvable"

Le conseil de guerre a poursuivi lundi après-midi l'audition des témoins au procès d'Olivier Pirson. Deux psychiatres ont d'abord été entendus. Le dr Bongaerts a considéré sur base de l'examen du dossier qu'il avait réalisé que le 1er sergent para ne paraissait ni dépressif, ni suicidaire avant la mort de ses deux enfants le 5 septembre 1998. Le témoin n'a rien remarqué d'anormal.

Procès Pirson : "il y a du méthanol buvable"
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Le conseil de guerre a poursuivi lundi après-midi l'audition des témoins au procès d'Olivier Pirson. Deux psychiatres ont d'abord été entendus. Le dr Bongaerts a considéré sur base de l'examen du dossier qu'il avait réalisé que le 1er sergent para ne paraissait ni dépressif, ni suicidaire avant la mort de ses deux enfants le 5 septembre 1998. Le témoin n'a rien remarqué d'anormal.

Ensuite, le dr Deberdt a dit confirmer son rapport écrit qui n'a pas été dévoilé en audience publique. Il a précisé seulement qu'Olivier Pirson «soucieux sans doute de respecter l'ordre en général, ou une certaine image de l'ordre, semblait exiger plus de ses enfants que la mère n'en exigeait. Sans être nécessairement autoritaire, il disait qu'il était sévère ».

Mais surtout, sur question de Me Georges-Henri Beauthier, conseil des parties civiles, le témoin a confirmé avoir indiqué dans son rapport écrit: «Trouver de l'antigel à bas prix (97% de méthanol) n'est pas facile, sauf chez les garagistes qui travaillent en milieu agricole. Cet antigel bleu pâle a un goût sucré qui en soi n'est pas désagréable (...) L'alcool à brûler disponible habituellement sur le marché est bleu foncé et (...) a un goût désagréable ».

Le dr Deberdt a précisé que l'antigel bleu pâle qu'il a essayé a un goût liquoreux. Le psychiatre a dit avoir goûté lui même ces antigels pour contrôler ce que Pirson lui affirmait, à savoir qu'il n'avait pas pu faire boire du méthanol à ses enfants pour la bonne raison que c'est imbuvable.

L'aumônier militaire du 2ème bataillon paracommando de Flawinne a ensuite prêté serment. Il a rencontré Pirson pour la première fois en Somalie en 1993. Il a dit ne pas avoir constaté de changement notable de comportement de la part du sous-officier avant et après son arrestation. «Après l'accident de septembre 1998, j'ai essayé de le voir plus souvent. J'ai eu l'impression qu'il suivait un processus de deuil normal. Je n'ai jamais constaté qu'il essayait de me mentir ou de me tromper. Je n'ai pas entendu parler de pression de quiconque sur des membres du bataillon, pour influencer des déclarations dans un sens ou dans un autre », a rapporté le prêtre.

Enfin, le conseil de guerre a procédé à l'audition du commissaire Christian Dekoninck, commandant du détachement judiciaire de l'armée. Ce témoin a déclaré qu'il avait participé à certains interrogatoires du 1er sergent mais pas à celui du 28 octobre 2000, au cours duquel le para a passé des aveux qu'il refusera de signer ensuite. «J'étais dans un local voisin mais je n'y ai pas assisté. Le commissaire Cobut qui participait à l'interrogatoire est venu me dire à un certain moment que le 1er sergent voulait faire des aveux mais sans conviction. Il m'a averti qu'il allait prévenir le magistrat instructeur, ce qu'il a fait. Celui qui menait l'interrogatoire, c'était le commissaire Horevoets mais peut-être que, vu son expérience des dossiers judiciaires, le commissaire Cobut avait pris un certain ascendant sur lui », a indiqué le commissaire Dekoninck.

Et d'ajouter ensuite: «J'ai vu le 1er sergent juste après le test du polygraphe et j'ai eu l'impression de voir quelqu'un qui acceptait le verdict. Quand on lui a passé les menottes, il a accepté et n'a pas commencé à pleurer ».

Sur question d'un avocat de la défense, Me Marc Uyttendaele, le témoin a précisé que le test du polygraphe était prévu comme une confrontation déterminante, au sens où s'il était négatif, il avait décidé de ne pas poursuivre les interrogatoires. L'auditeur général, Gerald Wailliez, a précisé que, pour son office, le test du détecteur de mensonge n'était pas déterminant et que rien n'indiquait qu'en cas de résultat négatif, les interrogatoires s'arrêteraient.

Me Uyttendaele s'est encore inquiété de savoir comment le commissaire Dekoninck a pu considérer que l'interrogatoire du 28 octobre s'est bien déroulé puisqu'il n'y avait pas assisté. «J'étais dans un local voisin. Je n'ai pas entendu de cri ou de pleurs », a assuré le chef du détachement judiciaire de l'armée.

Sur une dernière question de Me Uyttendaele, le témoin a indiqué que s'il avait dans un premier temps déclaré que le prévenu n'avait pas été menotté pendant l'interrogatoire du 28 octobre 2000, c'est parce qu'il avait été mal renseigné. «Je ne regrette qu'une seule chose, c'est que le fait qu'on lui a placé des menottes n'a pas été indiqué sur le procès-verbal », a conclu le commissaire.

L'audience reprendra mardi matin à 9 heures. (BELGA)

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