Sven et Romy ont absorbé du méthanol de leur vivant

La découverte de méthanol dans le corps des deux petites victimes est une des clés du procès d'Olivier Pirson

PAR PASCAL DE GENDT

AUDIENCE

"Si ça continue, je vais les tuer." Olivier Pirson, le para traduit devant le conseil de guerre, doit à présent bien regretter d'avoir un jour prononcé ses paroles. Mardi matin, plusieurs de ses collègues au 2e codo de Flawinne sont venus répéter qu'il avait bel et bien tenu de tels propos lors d'une conversation.

«Mais il faut remettre cette phrase dans son contexte», a notamment expliqué le caporal Olivier Lesire. Soit celui d'une conversation - que l'on devine «virile» - entre hommes vivant la même situation de divorce et considérant la garde des enfants et la pension alimentaire comme des moyens de pression pour leurs ex-épouses. La phrase compromettante ne serait donc qu'une boutade lancée par un homme énervé. Le caporal a également répété que sa conviction était qu'Olivier Pirson n'avait pas tué ses enfants: «Il a de la prestance, il aime bien se mettre en valeur mais, excusez-moi du terme, il n'a pas les couilles pour faire ça.»

Lundi déjà, l'aumônier Michel Quertemont, qui a continué à rendre visite au para en prison, avait déclaré qu'Olivier Pirson n'avait jamais changé sa version du drame.

L'audience de mardi après-midi était consacrée à la découverte de méthanol dans l'organisme de Sven et Romy, les deux petites victimes. Des experts, dont deux médecins légistes, sont venus expliquer que l'ingestion de méthanol conduisait tout d'abord à une phase que l'on pouvait comparer à une intoxication alcoolique (somnolence, ralentissement des réflexes) et ce en moins d'une heure avant qu'il n'y ait une seconde phase, de durée variable, où tout symptôme pouvait sembler avoir disparu et, enfin, une troisième étape d'intoxication plus grave conduisant à la formation d'acide formique, le système nerveux central et les voies oculaires étant alors également affectés. Tous sont également d'accord sur un point: la présence d'acide formique dans les corps provient d'une métabolisation du méthanol, ce qui n'est possible que s'il y a circulation sanguine et fonctionnement du foie. La contamination des corps par le méthanol paraît donc difficilement concevable post-mortem.

Les Dr Martens, Bonbled et Beauthier sont également sur la même longueur d'onde quand il s'agit d'affirmer qu'il y a moyen de boire du méthanol fortement concentré s'il est mélangé à certaines substances masquant son goût tel des boissons fruitées, aromatisées ou sucrées. La littérature médicale contient d'ailleurs des cas de personnes intoxiquées en buvant du méthanol par inadvertance.

Mais tel un chien dans un jeu de quilles, le docteur en psycho-pharmacologie, Etienne Qertemont, témoin produit par la défense, est venu déclarer qu'il y avait une autre hypothèse qui ne pouvait être écartée: celle de la contamination post-mortem par du formol, produit contenant à la fois de l'acide formique et du méthanol. Toutefois, la manière dont les échantillons prélevés sur les corps ont été analysés ne permettait pas d'aboutir à des conclusions formelles. Une hypothèse qui apparaît bien peu crédible aux yeux des autres experts présents à l'audience et invités à se prononcer. D'autant plus que, toujours selon Etienne Qertemont, une telle contamination au formol aurait dû avoir lieu dans le laps de temps séparant le décès des enfants et leur inhumation.

Une intervention qui a eu le don d'énerver un peu tout le monde puisque pour conclure la journée, l'auditeur militaire, la défense et le conseil des parties civiles s'échangèrent quelques amabilités à propos du non-dépôt par la défense de la seconde partie de ses conclusions alors que les plaidoiries de la partie civile et le réquisitoire sont prévus pour mercredi. Ambiance.

© La Libre Belgique 2001

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