L'accusation réclame 20 ans

Le conseil de guerre a entendu mercredi, jusqu'en fin d'après-midi, le réquisitoire du substitut de l'auditeur général, Gerald Wailliez, au procès du 1er sergent Olivier Pirson.

Le conseil de guerre a entendu mercredi, jusqu'en fin d'après-midi, le réquisitoire du substitut de l'auditeur général, Gerald Wailliez, au procès du 1er sergent Olivier Pirson.

Le magistrat de l'accusation a d'abord tenu à repousser certains arguments de la défense annoncés par voie de conclusions écrites. Ainsi, aux yeux de M. Wailliez, le sous-officier a droit à un procès équitable qu' »un certain lynchage médiatique n'a pas entamé ».

Le représentant du ministère public a considéré qu'il y a pu y avoir des outrances de la part de certains journaux mais que ce ne fut pas l'unanimité, relevant notamment qu'une interview de Pirson a été réalisée depuis sa prison alors qu'il était détenu depuis une dizaine de jours, tandis que d'autres organes de presse ont relayé les propos de l'entourage du prévenu, développant aussi la thèse d'un certain acharnement à son encontre, provenant de sa belle-famille.

Par ailleurs, si le substitut de l'auditeur général a considéré que le conseil de guerre pouvait écarter le test du détecteur de mensonges en raison d'une désignation irrégulière de l'expert polygraphiste, il estime qu'il n'existe aucun argument de droit pour venir au secours de la thèse des avocats de la défense qui considèrent que tous les actes postérieurs à ce test doivent être déclarés irrecevables.

Le magistrat considère en effet que le para n'a jamais été privé de son libre arbitre puisqu'il a refusé de signer ses aveux. Ceux-ci constituent à son sens une pièce maîtresse mais non la seule. Citant abondamment le bâtonnier Michel Franchimont, père de la loi du même nom qui renforce notamment les droits de la défense, le représentant du ministère public a insisté sur le fait que des aveux même rétractés sont déjà à eux seuls une preuve.

D'ajouter cependant qu'elle n'est pas la seule, vu les témoignages de personnes présentes sur les rives de la Meuse au moment du drame du 5 septembre 1998.

Le représentant du ministère public a dit ne pas tenir compte des contestations du prévenu et de sa défense sur son comportement ou non de tortionnaire pendant ses missions en Afrique ou à propos de ses opinions extrémistes ou non, l'absence de démonstration dans ces deux cas n'induisant pas qu'il n'a pas tué ses enfants.

M. Wailliez a poursuivi son réquisitoire sur la présence de méthanol dans le sang des enfants qui est incontestable même si les circonstances dans lesquelles les victimes l'ont absorbé ne sont pas claires.

Pour l'auditeur général, s'il y a des doutes dans ce dossier, ils ne sont pas suffisamment raisonnables pour remettre en question la culpabilité d'Olivier Pirson. «En conséquence, les faits doivent être déclarés établis. Des faits ignobles, lâches, odieux. Le 1er sergent a abusé la confiance que ses enfants avaient mise en lui. Il a porté atteinte à l'honneur de l'armée, sali son uniforme et traîné son béret dans la boue », a soutenu le magistrat.

Rappelant que «la peine de prison à perpétuité est la peine légale », le représentant de l'accusation a cependant considéré que deux circonstances atténuantes existent et qu'il faut en tenir compte pour incliner la peine à la baisse. M. Wailliez a retenu l'absence d'antécédent judiciaire dans le chef du prévenu et l'état psychologique dans lequel il se trouvait au moment des faits.

Le substitut a notamment fait état des persécutions dont Pirson a été l'objet de la part de son épouse et de sa belle- famille avant les faits. «Même ce qui s'est passé après les faits traduit l'acharnement de la famille Moreau à l'encontre du prévenu et la souffrance qu'il a encourue. Son beau-père a notamment tout mis en oeuvre pour le faire éjecter des paracommandos et a, de l'aveu même du chef du détachement judiciaire de l'armée, sciemment orienté les enquêteurs sur de fausses pistes », a invoqué le représentant du ministère public.

Compte tenu de ces deux circonstances atténuantes, c'est, selon le «procureur », une peine de 20 ans de prison que le conseil de guerre doit prononcer, en plus de la privation de ses titres, grades et fonctions. La défense commencera à plaider ce jeudi matin. (BELGA)