L'accusation requiert vingt ans contre Pirson

Le Conseil de guerre abordait, mercredi, plaidoiries et réquisitoires dans le cadre du procès d'Olivier Pirson, le 1er sergent para de Flawinne, qui doit répondre de l'assassinat de ses deux enfants, le 5 septembre 1998

P. D. G.

Le Conseil de guerre abordait, mercredi, plaidoiries et réquisitoires dans le cadre du procès d'Olivier Pirson, le 1er sergent para de Flawinne, qui doit répondre de l'assassinat de ses deux enfants, le 5 septembre 1998.

Le Conseil a tout d'abord permis au prévenu de s'exprimer. Celui-ci en profitera pour revenir sur les circonstances de l'interrogatoire du 28 octobre 2000 au bout duquel il fournira des aveux qu'il ne reconnaîtra pas. «J'ai accepté le test du détecteur de mensonge parce que c'était la seule solution pour être tranquille. Quand cet appareil a dit que je mentais, je me demandais ce qui m'arrivait. J'ai été fouillé, menotté, attaché à ma chaise pour l'interrogatoire. Un enquêteur m'a dit: «C'est fini de jouer au con, t'as pété les plombs, t'es maintenant au pied du mur. Si tu nies, tu prendras 30 ans. Si tu avoues, tu auras des circonstances atténuantes.» J'en avais marre et j'ai fini par avouer ce qu'ils voulaient entendre. Les réponses m'étaient suggérées. Après, j'ai refusé de signer», a - en résumé - expliqué le sous-officier.

Les conseils des parties civiles ont ensuite entamé leurs plaidoiries. Me Rémy, en premier lieu, pour réclamer, quelque peu anecdotiquement, des réparations pour la ville de Dinant. Me Georges-Henri Beauthier, conseil de la famille Moreau, s'est ensuite employé à démontrer le caractère violent du prévenu et a fustigé l'entourage du témoin qui a modifié ses déclarations pour tenter de combler le trou d'environ 40 minutes qui résultait de son récit aux enquêteurs de l'après-midi fatidique.

L'avocat a également joué sur le registre de l'émotion en revenant sur les deux enfants décédés, Sven et Romy, avant de terminer par un souhait, celui de voir la vérité, que seule Olivier Pirson connaît, enfin éclater. «Il a dit à sa mère, après les faits, qu'il avait des choses horribles à lui dire. La partie civile veut savoir ce qu'il voulait dire», a tonné l'avocat.

L'après-midi, l'auditeur général, Gérald Wailliez, a présenté un réquisitoire qui ne restera pas dans les annales de la Justice, tellement il a parfois semblé confus autant dans la forme que sur le fond.

En fait de réquisitoire, l'auditeur général a surtout donné l'impression de donner une réplique à la défense avant la lettre, sur la base des conclusions remises par Me Uyttendaele. «Il y a des aveux et c'est très embarrassant, évidemment, pour la défense», qui depuis le début de l'affaire s'attache à démontrer qu'ils ont été «extorqués». Gérald Wailliez a écarté rapidement les attaques contre l'utilisation du polygraphe «qu'il faut considérer comme une technique d'enquête comme une autre» ainsi que contre les méthodes des enquêteurs. Pour ce qui est des traces de méthanol, il ne fait aucun doute pour l'accusation que le produit a été absorbé avant la mort et l'intervention du conseiller technique de la défense, le Dr Quertemont (voir LLB d'hier) «n'est qu'un nuage de poussières soulevé pour obscurcir le soleil».

Finalement, reconnaissant des circonstances atténuantes dans l'absence d'antécédents judiciaires d'Olivier Pirson ainsi que l'état de désarroi du para, au vu de la pression qu'exerçait sur lui sa belle-famille, l'auditeur général a requis 20 ans de prison.

Jeudi, cela sera au tour des avocats du para d'exposer leurs arguments.

(avec BELGA)

© La Libre Belgique 2001