"Un homicide involontaire, peut-être"

Me Marc Uyttendaele en a terminé jeudi, en fin d'après-midi, avec les plaidoiries de la défense au procès d'Olivier Pirson, réclamant son acquittement sur tous les fronts, mais laissant cependant la porte ouverte à un éventuel homicide involontaire résultant de ce qui, à son sens, n'a jamais été rien d'autre qu'un accident, le 5 septembre 1998.

"Un homicide involontaire, peut-être"
©Bernard Demoulin

Me Marc Uyttendaele en a terminé jeudi, en fin d'après-midi, avec les plaidoiries de la défense au procès d'Olivier Pirson, réclamant son acquittement sur tous les fronts, mais laissant cependant la porte ouverte à un éventuel homicide involontaire résultant de ce qui, à son sens, n'a jamais été rien d'autre qu'un accident, le 5 septembre 1998.

L'avocat a dit ne pas «avoir l'indécence d'entrer dans le débat sur le dommage de la partie civile, qui est évident, sur le plan juridique au moins. Sur cet aspect des choses, je m'en remets à la sagesse du conseil de guerre ».

Mais, pendant tout l'après-midi, le principal conseil du 1er sergent s'est attaché à tenter de démonter les arguments de Me Georges-Henri Beauthier, avocat de la mère et des grands-parents maternels des victimes, ainsi et surtout que ceux de l'auditeur général.

Aux yeux de Me Uyttendaele, les trois axes de l'accusation se sont effondrés et il ne reste rien ni du polygraphe, ni des «dépositions accablantes » de certains témoins, ni «des prétendus aveux du 28 octobre 2000 ».

Le défenseur du paracommando a d'abord rappelé que tant la partie civile que le ministère public ont abandonné le test du détecteur de mensonge puisque le polygraphiste n'avait pas été valablement mandaté. Quant aux déclarations des trois témoins qui étaient présents sur la berge au moment du drame, Me Uyttendaele a demandé au conseil de guerre de «se garder de les interpréter comme l'ont pourtant fait la partie civile et le ministère public ».

Le plaideur a relu à haute voix les procès verbaux de leurs auditions et considère qu'il est impossible d'en conclure qu'ils ont affirmé que le sous-officier n'a rien fait pour sauver ses enfants puisque «ce qu'ils ont vu est postérieur aux tentatives vaines et désespérées du père pour sauver ses enfants ».

«En effet, assure l'avocat, ils disent tous trois que ce qu'ils ont vu, c'était au moment où la voiture coulait à toute vitesse dans la Meuse. A ce moment-là, M. Pirson a déjà tout tenté et il est trop tard. Il crie 'les enfants (...) les enfants...'. Un appel est lancé au 100 à 16h56. Il n'y aurait pas eu moyen de faire plus vite ».

Concernant les trois collègues du para qui ont assuré que celui-ci leur avait déclaré qu'il «allait les flinguer », Me Uyttendaele a d'abord affirmé que deux d'entre eux avaient reconnu qu'ils avaient été influencés par les «rumeurs répercutées par les médias ». Ensuite, estime-t-il, le 1er sergent a dit lui-même que s'il avait dit une chose pareille, il pensait à sa femme et à son beau-père dont il en avait assez.

Enfin, l'avocat a voulu «jeter un sort aux prétendus aveux extorqués par la force ». «De deux choses l'une, a soutenu Me Uyttendaele. Ou l'on bâtit une accusation sur ces soi-disant aveux et on les prend en entier. Ou on les rejette en bloc. Mais l'auditeur général ne peut pas construire des fables en prenant ce qui l'intéresse dans les prétendues déclarations de mon client. J'ai eu l'impression en écoutant hier le représentant du ministère public de voir un jockey dont la monture était exsangue avant la ligne d'arrivée, le forçant à enfourcher un autre cheval. »

«Dans ce fameux procès verbal du 28 octobre 2000, Olivier Pirson dit qu'il était dans un état dépressif et qu'il a voulu se suicider avec ses enfants. Cependant, M. l'auditeur général nous a dit hier/mercredi qu'il avait longtemps cru à ce mobile mais qu'il avait fini par l'écarter, a poursuivi Me Uyttendaele. Ensuite, après avoir cru longtemps également à l'absorption par les enfants d'un mélange de méthanol et de Fanta et qu'il est apparu que c'était imbuvable, il a opté pour une autre solution. Ainsi, nous nous trouvons devant un double assassinat, sans mobile et sans modus operandi. »

«Le ministère public nous a dit qu'il ne savait pas pourquoi M. Pirson a tué, ni comment, mais il réclame néanmoins 20 ans de prison », a souligné l'avocat. Rappelant encore que ce n'est pas à son client à chercher l'origine du méthanol prélevé dans le sang des victimes pour démontrer son innocence mais au magistrat de l'accusation de rapporter les preuves, Me Marc Uyttendaele a souligné qu'un expert n'a pas exclu une intoxication des enfants post mortem.

«Refermez ce dossier qui ne contient aucune charge solide et le deuil des familles Moreau et Pirson pourra enfin commencer, le deuil pour tous les parents de Sven et Romy, dans le souvenir de Sven et Romy », a conclu le plaideur.

L'audience reprendra ce vendredi matin, à partir de 09h00, pour permettre à toutes les parties au procès de répliquer une dernière fois. La date du jugement sera connue à l'issue de cette ultime journée de débat. (BELGA)

Sur le même sujet