Cette enfant qui sera notre première Reine

Qu'on croie ou non à la monarchie, on s'attend qu'Elisabeth servira à tout le moins la démocratie et rajeunisse l'entourage et le protocole de la Cour. Une femme, en tout cas, est la bienvenue. Quant à être née sous une étoile de paix...

ÉRIC de BELLEFROID

L e capitaine Haddock: «Tonnerre de Brest! Mille millions de mille sabords! Dire qu'il y en a qui ne se réjouissent pas de la naissance du bébé de Mathilde et Philippe parce qu'Ottokar de Syldavie n'en sera pas le parrain! Bandes de moules à gaufres! Bachi-bouzouks! Sapajous! En tout cas, que le Grand Cric me croque si les princes et leur poupon ne se sentent pas chez eux, demain, dans les allées de Moulinsart!»

Marc Uyttendaele, constitutionnaliste: «C'est un moment étrange, émouvant et irréel. Un enfant naît et peut-être sera-t-elle un jour Reine. C'est comme si l'on semait un peu de dix-neuvième siècle dans un nouveau millénaire qui semble d'emblée avoir la consistance du métal et qui commence dans une folie planétaire que nul n'aurait osé imaginer. Un enfant qui naît, il n'y a rien de plus beau, de plus réjouissant et peu importe finalement ce que sera son avenir. Elle le construira, assurément dans une sorte de grand écart entre un passé nostalgique où il y avait des palais, des rois, des princes et, des princesses, et un avenir informatisé, enivré d'un modernisme dont nul ne sait s'il est facteur de progrès ou de désespoir collectif. Une petite fille naît dans un petit pays qui demeure une monarchie à défaut dêtre autre chose. Les rois, les reines ne sont plus ceux du passé. Ils n'ont pas de pouvoir et ne peuvent en avoir. La démocratie l'exige. Cette enfant, avec tous les nôtres, devra, et peu importe alors qu'elle devienne ou ne devienne pas Reine, faire que le mot Belgique rime toujours avec le mot démocratie.

Herman De Croo, président de la Chambre: «Je me réjouis du bonheur du couple et de la joie du pays. Moi-même, qui ai eu mon premier enfant après quatorze ans de mariage, je trouve merveilleux d'avoir un enfant si tôt. Et je suis enchanté de voir que la Princesse est en pleine forme - en espérant qu'elle récupérera vite - et que la petite fille l'est également. D'après ce que j'ai pu entendre, le Prince est un papa superbement heureux. C'est très sympathique. Je leur souhaite tout le bonheur possible.»

Jean-Claude Frison, comédien: «Nous vivons dans un pays partagé, mais encore assez royaliste. Je pense qu'on peut être royaliste et démocrate. C'est peut-être une bonne idée de garder des traditions, alors que le monde devient fou. Evidemment, la science avance: c'est une bonne chose à partir du moment où elle ne prend pas un pouvoir démesuré. Mathilde a dû vivre un conte de fées. A 20 ans, moi aussi, j'ai épousé une princesse russe. Le roi Baudouin venait au théâtre voir «Cyrano» ou «Le Misanthrope» et me demandait des nouvelles de mon beau-père... Il est bon que les aristocrates soutiennent les arts. Il y a en tout cas intérêt à ce que le futur Roi puisse resserrer les liens d'amitié entre les régions.»

Abbé Jacques Van der Biest, ancien curé des Marolles: «Il y a des bonnes et des mauvaises nouvelles. Les mauvaises - de l'avis de ma pipelette - sont nombreuses: elle a une tache noire sous l'oeil, c'est la guerre, les temps sont durs et le vent du Nord souffle en rafales. Il y a cependant une bonne nouvelle, un «évangile» : une femme attend un enfant. Rien de plus banal, rien de plus beau, rien de plus simple et de plus compliqué (...à terme). La vie triomphe de la mort et quant à cette naissance-ci, c'est encore plus vrai que jamais. «Si tu veux espérer l'inespéré, jamais tu ne trouveras l'introuvable et l'insaisissable», écrivait au VIe siècle Héraclite d'Éphèse. Puisse cet apophtegme être parole de notre dynastie.»

Mark Eyskens, député, ministre d'Etat: «C'est une grande primeur pour le pays, puisqu'est née une petite fille qui sera donc Reine. J'ai toujours trouvé qu'on avait attendu trop longtemps pour changer la loi salique, qui était discriminatoire pour une moitié des Belges. Le choix du nom est également très symbolique. La reine Elisabeth était politiquement très active, comme d'ailleurs sur le plan artistique et culturel. C'était un bel exemple d'une Reine intelligente, sortie d'un protocole figé. J'espère d'ailleurs que l'avènement d'une Reine - après le règne de Philippe - nous conduira à terme vers plus d'ouverture dans l'entourage royal.»

Noël Godin, «présentarteur» sur Canal+: «Il va sans dire que, pour moi, tout ça c'est de la carabistouille. D'abord, la Famille royale, ce n'est pour moi qu'un ramassis d'épouvantails puisque ces polichinelles n'exercent aucun pouvoir. Ensuite, je suis pour l'abolition de la monarchie et aussi de toute forme de pouvoir hiérarchisé. Plus que jamais, je suis pour l'abolition de la politique en soi. Je ne crois qu'à la démocratie directe comme en mai 68, elle s'exerçait en mai 68 dans les établissements occupés. L'histoire nous a montré que l'anarchie n'était pas la plus chimère des systèmes. De toute façon, je suis assez hostile à toute forme de production de moutards dans un monde aussi cauchemardesque.»

© La Libre Belgique 2001

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