«Mieux vaut une réduction qu'une annulation»

PAR PHILIPPE LAWSON

ENTRETIEN

Professeur d'économie du développement à l'Université libre de Bruxelles (ULB), Ali Bayar analyse la campagne du Centre national de coopération au développement (CNCD) et la problématique de dette des pays du Tiers-Monde.

Un thème comme l'annulation de la dette des pays du Sud est-il pertinent?

Absolument parce qu'il y un grand nombre de pays en développement, surtout des pays très pauvres qui sont fortement endettés. L'endettement est une entrave au développement et aux efforts d'ajustement. Quant aux Programme d'ajustement structurel (PAS), il est clair que tous n'ont pas été bien élaborés et ont des effets néfastes pour les pays endettés. Mais cela ne doit pas nous conduire à oublier que la plupart des pays en développement nécessitent une politique d'ajustement et une gestion saine de leur économie. Surtout que les fonds envoyés dans ces pays ont été gaspillés.

D'où la priorité à une bonne gouvernance?

Le gaspillage des ressources financières est notamment dû à la corruption et aux modes de fonctionnement des institutions. Par conséquent, la bonne gouvernance est plus que souhaitée. Les conditions sont un Etat de droit, de bonnes institutions et un cadre réglementaire et légal dans lequel les entreprises peuvent fonctionner. Il faut aussi que les pays développés éditent des règles pour éviter que les fonds détournés dans les pays pauvres ne soient placés dans les paradis fiscaux. Un des éléments de la politique à mener est la conditionna lité, c'est-à-dire qu'il faut accorder des prêts et des aides, mais s'assurer que ces ressources financières nouvelles seront utilisées efficacement.

Pourquoi les pays riches ne sont pas favorables à l'effacement de la dette?

Gommer la dette des pays pauvres n'est pas une bonne chose et n'est pas souhaitable. C'est d'une part pour des raisons d'équité. Certains pays en développement ont gaspillé les ressources qu'ils ont reçues, alors que d'autres en ont fait un bon usage. Si on annulait la dette, c'est comme si on récompensait la mauvaise gestion ou le détournement des fonds publics. L'impression que l'annulation de la dette résoudrait résulte d'un raisonnement simpliste. L'effacement de la dette pourrait augmenter le risque moral. Les pays dont la dette serait annulée éprouveraient des difficultés pour accéder aux marchés internationaux, parce qu'ils seraient considérés comme risqués. Ce qui augmenterait leur vulnérabilité sur le marché financier. Par ailleurs, l'annulation de la dette est une opération très coûteuse pour les pays développés et par ricochet pour leurs contribuables. Il faut plutôt revendiquer une réduction de la dette accumulée par ces pays pauvres.

Quelle est alors l'efficacité de la campagne?

Le seul aspect positif de la campagne, c'est la sensibilisation de la population occidentale au problème de la dette qui empêche la mise en oeuvre d'autres politiques notamment en matière de santé.

© La Libre Belgique 2001