Une gomme pour rayer la dette du Tiers-Monde

Parallèlement aux divers matériels qui seront proposés à la vente par de nombreux bénévoles du 2 au 11 novembre, les promoteurs de l'opération 11.11.11 s'attaquent à un des fléaux qui empêchent le développement des pays du Tiers-Monde: la dette.

Ph. Law.

La situation peut paraître compliquée, eu égard aux événements en cours, pour lancer une telle opération, mais d'après les responsables du Centre national de coopération au développement (CNCD), elle est au coeur du débat.

En effet, parallèlement aux divers matériels qui seront proposés à la vente par de nombreux bénévoles du 2 au 11 novembre, les promoteurs de l'opération 11.11.11, pilotée par le CNCD, s'attaquent à un des fléaux qui empêchent le développement des pays du Tiers-Monde: la dette. «La dette est un nouvel esclavage et à Durban, l'esclavage a été reconnu comme un crime contre l'humanité. Nous sommes contre le terrorisme d'Oussama Ben Laden, mais beaucoup de gens dans les pays du Sud parlent de terrorisme de la dette et le comparent à celui de Ben Laden. Si on laisse les gens dans la désespérance, on crée un terrain fertile au recrutement de kamikazes prêts à se lancer dans des actions terroristes», démarre Pierre Galand, président du CNCD, qui regroupe une centaine d'Organisations non gouvernementales (ONG) actives sur le terrain d'aide au Tiers-Monde.

Par conséquent, outre les cartes de voeux, les serviettes colorées, les livres de cuisine et les calendriers, les bénévoles proposeront à la vente à Bruxelles et en Wallonie «une gomme pour effacer la dette», au prix de 2,48 € (100 BEF). Les fonds récoltés servent à financer des projets, porteurs d'un développement durable et équitable. Cette année, plus de 50 projets répartis dans 30 pays et sur 3 continents qui seront soutenus. Les acheteurs seront également invités à signer une pétition adressée au gouvernement belge pour exiger une «politique cohérente et efficace».

PROPOSER DES ALTERNATIVES

Au-delà de l'opération, le CNCD entend sensibiliser pendant trois ans (2001-2003) la population belge à la problématique de la dette qui étouffe les pays en voie de développement. «Aujourd'hui, les Rwandais remboursent la dette des génocidaires, tout comme les Argentins qui remboursent celle de la dictature militaire»,

dénonce le président.

Aux côtés du Centre, on retrouve le Comité pour l'annulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM) qui défend depuis des années l'effacement de la dette. Même si certains comme le professeur Ali Bayar (ULB) préfèrent un allégement de la dette qu'une annulation pure et simple (lire interview ci-contre). «Nous planchons sur des arguments juridiques qui viendront s'ajouter aux raisons morales pour démontrer que la dette ne doit pas être payée. Il faut aussi des gestes structurels», renchérit Denise Coummane (CADTM), détaillant le cercle vicieux de la dette qui ne cesse d'augmenter.

Depuis 1980, le Tiers-Monde a déjà remboursé six fois le montant reçu sous forme de prêts et il se retrouve quatre fois plus endetté qu'il y a vingt ans. C'est d'ailleurs l'explication du slogan imprimé sur l'une des deux affiches de la campagne. En 2000, les pays du Sud ont remboursé 315 milliards de dollars à leurs créanciers du Nord. Dans le même temps, l'aide publique au développement libérée par les pays développés oscille entre 40 et 50 milliards de dollars.

Tout en saluant les timides efforts accomplis jusqu'à présent, les promoteurs de l'opération espèrent à long terme arriver à une situation où les pays du Sud pourront voler de leurs propres ailes.

© La Libre Belgique 2001