Les salaires de l'ombre

En parcourant certains documents internes du rail, on peut comprendre que des ministres aient demandé davantage de transparence dans les rémunérations des responsables d'entreprises publiques.

NICOLE BURETTE

En parcourant certains documents internes du rail, on peut comprendre que des ministres aient demandé davantage de transparence dans les rémunérations des responsables d'entreprises publiques.

Ainsi, combien gagne un haut dirigeant d'ABX - l'activité petits colis de la SNCB -, se demande le commun des mortels? Prenons-en un au hasard. Officiellement, sa rémunération annuelle brute est de 74 400 € environ, soit 3 millions de BEF. Si l'on y regarde de plus près, on constate que celui-ci touche également près de 30 000 € (1,2 million de BEF) pour un mandat en Irlande, 60 000 € (2,4 millions de BEF) pour un autre en Espagne, 30 000€ pour un autre à Singapour... Soit, une rémunération annuelle globale d'environ 297 500 € (12 millions) par an. C'est ce qu'on appelle dans le langage maison le `salary split´. Relativement normal, diront les plus indulgents...

Certes. Mais est-il admissible que ces cinq compléments, pour un total de 223 100 € (9 millions de BEF), soient ignorés des cadres de la société qui n'en profitent pas ou, plus encore, de son actionnaire principal, l'Etat?

Et quelle est la rémunération de l'administrateur-délégué de la SNCB, Etienne Schouppe? Tâche ardue. Nos ministres ont dû renoncer dernièrement à en faire l'estimation. Les données dont nous disposons nous laissent penser que le total imposable de l'administrateur délégué gravite autour des 397 000€ (16 millions de BEF) par an (il était de 349 400€, soit 14,095 millions, en 1998). Même si, à la SNCB, on rétorque que les rémunérations individuelles relèvent de la vie privée, il nous revient qu'un mandat de président dans l'une des filiales se chiffre à un sursalaire d'environ 6 000€ (240 000 BEF) par an. Faire le total des présidences de M. Schouppe parmi les quelque 177 filiales d'ABX de par le monde ou la cinquantaine des sociétés parallèles ou momentanées créées autour de la SNCB relève de la gageure.

Selon diverses sources convergentes, on peut penser qu'il occupe un poste à haute responsabilité dans au moins une dizaine des plus importantes filiales ABX. On sait par ailleurs qu'il préside Eurofima (la société créée pour le financement du matériel ferroviaire), etc. Faites le compte.

Dans cette galaxie, illisible pour les non-initiés, qu'est devenue la SNCB, on voit encore que certains cadres supérieurs (deux dames proches du patron par exemple) ajoutent à leur rémunération statutaire, l'une, deux mandats d'administrateur (en Italie et en Allemagne) et l'autre, pas moins de douze mandats. Ceux-ci seraient rémunérés dans une fourchette de l'ordre de 120 000 BEF/pièce par an, venant en sus de leur salaire de fonctionnaire.

Quand on voit le talent du boss de la SNCB à distribuer savamment les parts de gâteaux, faut-il dès lors s'étonner de l'unanimisme ambiant (toute couleur politique confondue, hormis les petits nouveaux...) qui règne au sein de la direction de la société des chemins de fer autour du patron. La transparence que d'aucuns espèrent obtenir devrait permettre d'y voir plus clair. Peut-être.

© La Libre Belgique 2001