Des funérailles sobres pour Lilian

Le Premier ministre doit faire connaître ce lundi les dispositions prises pour les funérailles de la princesse Lilian, après s'être concerté avec le Roi et les enfants de la veuve de Léopold III. Le cas d'école est inédit. La Belgique a enterré des rois, des reines et des enfants royaux, mais jamais on n'a dû organiser de derniers adieux pour l'épouse `non-reine´ d'un souverain

Des funérailles sobres pour Lilian
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Paul Vaute

Le Premier ministre doit faire connaître ce lundi les dispositions prises pour les funérailles de la princesse Lilian, après s'être concerté avec le Roi et les enfants de la veuve de Léopold III. Le cas d'école est inédit. La Belgique a enterré des rois, des reines et des enfants royaux, mais jamais on n'a dû organiser de derniers adieux pour l'épouse `non-reine´ d'un souverain.

Difficile, a priori, de considérer comme une pure personne privée celle qui fut aux côtés de son mari pendant les dix dernières années de son règne, disposa avec lui du domaine d'Argenteuil appartenant à l'Etat et continua de recevoir, même si elle fut considérablement réduite, la dotation accordée à son époux `en signe de reconnaissance´ après son abdication (401590 € en 2001).

Pas d'accord ministériel

`Il s'agit bien d'un membre de la famille royale mais relativement éloigné, nous dit le professeur Francis Delpérée (UCL). Elle est la belle-mère du Roi actuel et de son prédécesseur. Elle est entrée dans la famille par un mariage qui a eu lieu dans des conditions qu'il faut bien dire rocambolesques´. Comme on le sait, la validité même de cette union, célébrée le 11 septembre 1941, a été et demeure sujet de débat. `Le mariage est assurément valable sur le plan du droit civil et les enfants qui en sont issus sont `légitimes´ d'un point de vue juridique, poursuit le constitutionnaliste. En revanche, il s'agit d'un mariage inconstitutionnel à deux titres. D'une part, il n'y a pas eu d'accord des ministres qui se trouvaient alors à Londres. Or, cet accord est nécessaire. En 1960, il a fallu un conseil des ministres pour approuver les fiançailles du roi Baudouin avec doa Fabiola de Mora y Aragon. L'autre problème est l'antériorité du mariage religieux par rapport au mariage civil. Ce mariage ne peut dès lors avoir aucune conséquence constitutionnelle´. Propos confirmé, entre autres, par une déclaration du Premier ministre Wilfried Martens en 1990, lors du débat au Sénat sur la modification constitutionnelle qui mit fin à la loi salique.

Beaucoup seront tentés de dire: heureusement! Car si tel n'avait pas été le cas, la porte serait ouverte aux plus insolites des hypothèses quant au droit des trois enfants de Lilian et Léopold III à figurer dans la succession au trône. À exclure, puisque les époux eux-mêmes avaient rejeté cette possibilité ? Pas si simple... Il existe bien un acte par lequel Lilian déclara renoncer au titre et au rang de Reine et donc à celui d'héritiers du trône pour ses enfants éventuels. Mais la légalité même dudit acte est discutable. `Il n'appartient à personne, pas même au Roi, de dire qui figurera ou non dans la liste des successeurs puisque les règles sont fixées par la Constitution, explique le professeur Delpérée. La lettre du Roi adressée au premier président de la Cour de cassation pour lui dire que les enfants nés de son second mariage ne seraient pas successeurs est donc inconstitutionnelle. Si les enfants de Lilian ne sont pas successeurs, ce n'est pas en raison de cet acte du Roi mais uniquement en raison du caractère inconstitutionnel du mariage´.

Une position complexe

Ces éléments disent assez la complexité de la position de la princesse de Réthy dans notre architecture dynastique. Et donc des choix à opérer quant à la nature et au déroulement des derniers devoirs qui lui seront rendus. `Je ne sais pas si la princesse a laissé des dernières volontés mais si c'est le cas, la première chose à faire sera de les respecter au mieux, déclare le spécialiste de notre droit public. Pour le reste, compte tenu du contexte, je me dis qu'on peut imaginer des funérailles relativement discrètes pour une personne qui n'a jamais été reine. La Belgique officielle devra trouver l'occasion de tourner définitivement la page sans donner aux nostalgiques l'occasion d'en découdre une nouvelle fois sur les responsabilités des uns et des autres´. Les échos recueillis ce week-end indiquaient, de fait, qu'on s'acheminait vers une solution d'hommage empreinte de sobriété.

© La Libre Belgique 2002

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