La FN dans le viseur communautaire

La commande de 5500 mitrailleuses légères que vient de décrocher la FN Herstal est la cible de vives critiques dans le Nord du pays. En cause: le refus de l'entreprise d'armement liégeoise de divulguer, pour des raisons de confidentialité, l'identité de son nouveau client. C'est le parlementaire européen Agalev Bart Staes qui a ouvert le feu, en demandant que le nom du pays destinataire soit rendu public.

Sandrine Vandendooren
La FN dans le viseur communautaire
©Jean-Luc Flémal

La commande de 5500 mitrailleuses légères que vient de décrocher la FN Herstal est la cible de vives critiques dans le Nord du pays. En cause: le refus de l'entreprise d'armement liégeoise de divulguer, pour des raisons de confidentialité, l'identité de son nouveau client. C'est le parlementaire européen Agalev Bart Staes qui a ouvert le feu, en demandant que le nom du pays destinataire soit rendu public. D'après lui, le code de conduite européen en matière d'exportation d'armes stipule qu'un Etat-membre qui exporte des armes doit dévoiler le nom du pays de destination et la description du matériel. Ce code n'est toutefois pas contraignant.

`Il existe effectivement un code de conduite européen qui prévoit un échange d'informations sur les exportations d'armes entre les Etats-membres mais cet échange est d'ordre diplomatique et donc confidentiel. En outre, ce code ne prévoit pas de divulguer ces informations sur la place publique´, précise Robert Sauvage, le porte-parole du groupe Herstal, maison-mère de la FN. Des explications que l'on confirme au ministère des Affaires étrangères.

Le spectre mexicain

La dernière commande de mitrailleuses de la FN, estimée à plusieurs dizaines de millions d'euros, comporte une clause de confidentialité, qui, en cas de non-respect, pourrait coûter cher à l'entreprise wallonne.

`Nous risquons des amendes mais aussi la perte pure et simple du contrat. Ce qui serait dramatique d'un point de vue économique (ce contrat permet d'atteindre le chiffre d'affaires de 500 millions d'euros visé pour 2002, NdlR) et en termes d'emploi mais aussi pour la réputation internationale de la société´, souligne Robert Sauvage. Des conséquences qui indiffèrent visiblement les formations flamandes Spirit et N-VA, issues de l'ex-parti nationaliste flamand VU-ID. Celles-ci ont réclamé, hier, la mise en place `d'une politique plus transparente en matière de licences d'exportation d'armes´. La N-VA a demandé que la Commission des relations extérieures de la Chambre se réunisse immédiatement afin que le ministre des Affaires étrangères, Louis Michel, divulgue l'identité du nouveau client de la FN.

La Flandre, on le sait, a toujours été sensible aux contrats d'armement qui engagent la Belgique, surtout lorsqu'ils sont décrochés par des entreprises wallonnes.

Ce n'est pas la première fois que la FN perd un contrat à cause de remous communautaires. Il y a deux ans, le gouvernement mexicain avait renoncé à une commande de 500 pistolets-mitrailleurs P-90, vexé après les soupçons émis par des parlementaires flamands quant au bon usage de ces armes. Cette affaire avait provoqué une mini-crise entre la Belgique et le Mexique, qui aurait pu mettre en péril les exportations belges et wallonnes.

Louis Michel garde le secret

Le ministre des Affaires étrangères Louis Michel (MR), qui a accordé la licence d'exportation à la FN pour les fameuses mitrailleuses, a réagi aux critiques des parlementaires flamands. Pour lui, il n'est pas question de révéler le nom du pays destinataire car cela poserait des problèmes de concurrence qui pourraient affaiblir la position de l'entreprise belge. En outre, le ministre estime que la Belgique a déjà une politique de transparence en matière d'exportations d'armes, surtout quand on regarde les législations des autres membres de l'Union européenne. Chaque année, le gouvernement belge transmet au Parlement un rapport sur les exportations d'armes. Le nom du nouveau pays client en question figurera donc, d'après lui, dans le prochain rapport.

© La Libre Belgique 2002