Le pôle des gauches? `Quel pôle?´

Secrétaire fédéral Ecolo, Marc Hordies met des balises strictes aux `convergences´ à nouer avec le PS. Et aussi avec `le plus possible de partenaires´. C'est vrai, concède-t-il, Ecolo peut parfois `paraître casse-pieds´.

ANNICK HOVINE et PIERRE-FRANÇOIS LOVENS
Le pôle des gauches? `Quel pôle?´
©Johanna de Tessières

ENTRETIEN

Quel est le sens que vous donnez au pôle des gauches souhaité par le président du PS, Elio Di Rupo?

On n'est pas dans une situation de pôle, mais de convergences. Nous ne sommes pas partenaires d'une bipolarisation: on n'y croit pas. C'est plus sain d'avoir dans chacun des partis ses aspirations et ses utopies identifiées et d'ensuite ouvrir un débat. On ne cherche pas à faire un pôle des gauches mais des points de convergence concrets pour un projet social et environnemental. On doit avoir une clarté vis-à-vis de l'électeur et dire: voilà notre programme et, sur certains aspects, il y a manifestement des convergences avec d'autres sur lesquelles on pourrait aller plus vite. Avant le scrutin de 1999, il y avait un accord PS-MR, mais dont on ne savait pas les tenants et aboutissants. Ecolo est arrivé comme un intrus Ecolo. Maintenant, on discute avant...

Le premier parti avec lequel vous discutez, c'est le PS. Parce que c'est un partenaire naturel?

Soyons clairs: il y a eu l'appel du Premier mai d'Elio Di Rupo. Mais il n'est pas dans l'intérêt des partis démocratiques de brouiller les images. L'électeur doit pouvoir parier clairement sur l'un ou l'autre. Ce sont les saveurs de la démocratie. Si on donne l'impression que chou vert et chou rouge, c'est la même chose, que tout est mélangé, les gens se demandent à quoi sert la politique. Ça a été le drame en France.

Mais vous serez tenus par ces convergences?

Non. On a un lien Ecolo-Agalev. Puis il y aura discussion, et j'espère qu'elles aboutiront, sur des convergences précises avec le plus possible de partenaires. Le premier, c'est effectivement le PS.

Avant les élections, il reste, entre autres, le budget 2003 à confectionner. Ce sera l'occasion de mettre en pratique ces fameuses convergences...

Effectivement. Il y a des demandes de relever les minimas sociaux. On est aujourd'hui dans une situation de partenariat: c'est important de voir si, là-dessus, on parvient à s'entendre. Et à convaincre nos partenaires... On verra dans les deux mois qui viennent.

L'axe fort entre MR et PS a handicapé Ecolo sous cette législature. Vous cherchez à le casser?

L'objectif est d'arriver à une triangulation où il y a des points de convergence précis. Ce qui est important, c'est, sur ces points concrets, sortir de cette logique MR-PS. Mais l'électeur fera un choix. Je veux lui laisser la légitimité. Je ne veux pas dire: d'office, ce sera comme ça.

Les évolutions divergent de plus en plus entre les partis du Nord et du Sud. Cela risque de poser un problème pour la composition de la prochaine coalition.

C'est vrai. C'est la bouteille à l'encre du côté flamand. Si on se retrouve dans un système asymétrique, je ne vois vraiment pas comment on pourrait réussir. Cela me pose problème. On serait alors beaucoup plus dans le confédéralisme: ce serait un basculement.

L'arc-en-ciel est-il la seule formule viable dans le contexte politique actuel?

Personnellement, je trouve que le gouvernement arc-en-ciel est quelque chose d'intéressant même si c'est un peu `hard´ à certains moments. Au moins, les débats sont publics et cela a un aspect pédagogique. Ils ne sont pas bipolaires, boum-boum. C'est un fonctionnement intéressant, mais difficile. La grosse inquiétude, c'est comment l'électeur flamand va se positionner.

Vous serez candidat?

Non. Je reste à la barre.

Pour le MR et le PS, le partenaire Ecolo est un peu lourd...

Parce qu'on a une autre manière de faire de la politique. On n'a pas derrière nous toute l'histoire qu'ont les autres partis. C'est parfois plus facile pour nous de dire certaines choses. Donc parfois, on agace. Il faut le prendre pour nous. C'est vrai que l'aspect un peu donneur de leçons d'Ecolo peut paraître casse-pieds.

© La Libre Belgique 2002


Ensemble, dans tous les cas Les Verts viennent de resceller leur union sacrée pour la prochaine législature. Si pour des raisons de politique flamande, Agalev est écarté de la coalition fédérale, Ecolo, même avec de bons scores électoraux, restera-t-il en dehors? `On sera ensemble au gouvernement ou ensemble dehors. C'est un engagement qu'on a pris ensemble. À la Chambre, nous sommes les seuls à faire un groupe parlementaire commun. Avec toutes ses richesses et ses difficultés, mais au moins on continue à assurer la discussion à travers les Communautés. Cela tombe sous le sens quand on est dans un combat mondialiste et pour les générations futures que les partis écologistes se retrouvent´, expose Marc Hordies. Même s'il y a des différences culturelles entre Ecolo et Agalev. `C'est une aspiration profonde de nos membres. Ce sont des relations très fortes. Les alliances sont d'abord écologistes.´ Reste qu'on entend davantage de critiques venant d'Agalev sur Ecolo que l'inverse. Pourquoi? `Il y a une affirmation beaucoup plus grande de la Région flamande et donc il y a des tiraillements. Prenons la mobilité. Ils ont été très loin au Parlement flamand en abordant des choses qui ne sont pas a priori de leurs compétences. Au Parlement wallon, ce n'est pas le cas. Le chef de groupe Agalev au Parlement flamand s'est avancé très fort. Agalev doit composer avec une impression qui prévaut au nord, à savoir que la Flandre juge trop lourdes les solidarités avec la Région wallonne au sein de l'État fédéral. Nous, on n'a pas ce type de revendications.´ À l'approche des élections, Agalev risque de devoir se positionner par rapport à des partis flamands très en pointe? `Agalev ne peut pas échapper au débat de son côté. C'est vrai que, pour reprendre la mobilité, le SP.A et Steve Stevaert sont très en pointe et pas toujours de bonne foi parce qu'il y a certaines choses qu'ils pourraient régler dans leurs compétences. C'est une source de débats, mais ça n'amènera pas de cassure entre nous.´ Le secrétaire fédéral d'Ecolo considère enfin qu'il manque des espaces de débats et d'échanges entre les Verts francophones et flamands à d'autres niveaux que parlementaires ou entre ministres. `Il y a une demande très forte chez nous: on va reconstituer un bureau de liaison au niveau du parti/mouvement. On était beaucoup plus organisé ainsi quand on n'était pas dans les gouvernements.´