`Je ne veux pas liquider la Belgique´

À deux jours, ce week-end à Rochefort, des `estivales´ du Mouvement réformateur qu'il préside, Daniel Ducarme fait sa rentrée politique. Il refuse toute nouvelle forme de régionalisation. Et plaide pour une reconduction de l'arc-en-ciel. La gauche plurielle? `Une machine à perdre...´

PAUL PIRET et FRANCIS VAN de WOESTYNE
`Je ne veux pas liquider la Belgique´
©Johanna de Tessières

ENTRETIEN

À deux jours, ce week-end à Rochefort, des `estivales´ du Mouvement réformateur qu'il préside, Daniel Ducarme fait sa rentrée politique.

Ces armes FN au Népal... Encore un cas où les verts `fatiguent´ les coalisés de l'arc-en-ciel?

Dans cette coalition, chacun s'exprime comme il l'entend. Je n'ai pas une considération `à tiroirs´ par rapport à nos partenaires. Je ne vais pas dire que j'en ai marre de l'un ou l'autre, alors que la marque des réformateurs et du VLD a été forte sur le gouvernement! Quant au Népal, c'est un problème de bonne connection entre Agalev et sa ministre.

Va donc pour une reconduction?

On ne peut pas demander à une coalition d'atteindre sa pleine performance, d'être jugée sur ses pleins résultats, sur une seule législature. Beaucoup de réformes ont été lancées, il faut le temps de les accomplir. La prochaine législature serait celle de l'accomplissement.

Avec les mêmes partenaires?

Je n'aurai pas de discours d'exclusion. Mais attendons de voir ce qu'indique l'électeur.

Ne seriez-vous pas plus distant des socialistes que Louis Michel?

Effet d'optique... La différence entre les socialistes et nous est notoire; il y a au MR un fort mouvement d'identité par rapport aux socialistes. Pas contre eux: pour autre chose. Mais le système est ce qu'il est. Et je ne ressens pas de maturation au CDH: il faut demander au politique de l'efficacité, pas une certaine forme de romantisme. Nous ne sommes pas le centre romantique, nous; nous sommes le centre réformateur.

Ce n'est donc pas l'heure des (ex)sociaux-chrétiens.

Ce peut l'être avec nous, dans notre mouvement pluraliste et philosophiquement ouvert...

Le président du VLD répète que la Wallonie ne s'en sortira qu'en s'affranchissant de l'étatisme PS.

Je ne crois pas que Karel De Gucht soit une référence pour juger de la Wallonie. Je pourrais lui rétorquer que la Flandre décollera le jour où elle mènera une authentique politique permettant d'éradiquer le Blok.

Votre ami Gérard Deprez argulente volontiers comme lui....

Il est clair qu'un certain nombre de lourdeurs pèsent très fort sur les moyens du redéploiement wallon. Mais soit on croise le fer en diabolisant l'autre, et il ne reste rien après le débat passionnel; soit on engage un certain nombre de réformes, et c'est ce qui se fait: la clarification des compétences provinciales, l'activation des moyens économiques, la politique aéroportuaire, celle de mandats dans l'administration wallonne...

Comment articulez-vous le souhait de reconduction avec les velléités de convergences à gauche?

Que certains fassent le choix d'importer le modèle de la gauche plurielle en France, qui s'est révélé être une machine à perdre, je n'ai rien contre.

Mais le potentiel deuxième arc-en-ciel risque pour vous de s'en trouver plus rouge que bleu.

L'électeur le voudra-t-il? Je ne crois pas. Il y a eu des clarifications. Aujourd'hui, chacun doit savoir que l'écologisme se conjugue beaucoup plus avec le socialisme et même le marxisme qu'avec autre chose - ils hurlent au loup quand nous facilitons l'acquisition d'habitations moyennes en Région bruxelloise!

Vous devrez faire, aussi, avec un bloc flamand. Pourrez-vous tenir le `stop institutionnel´?

Oui, parce que le contexte de 2003 est radicalement différent de celui du début de la législature. Les francophones étaient alors demandeurs d'argent, même s'ils ne pouvaient pas le reconnaître à l'avance. Cette fois, je ne vois rien qui les conduirait à négocier quoi que ce soit.

Quant à régionaliser la SNCB ou la sécurité sociale...

Ce serait un début de liquidation nationale. Je n'en veux pas; je ne veux pas être un président appartenant à la curatelle de l'Etat belge.

© La Libre Belgique 2002


L'électeur de droite votera MR Le congrès du MR, dimanche à Rochefort, devra approuver `le manifeste des réformateurs´... Plus question donc de libéralisme? Daniel Ducarme: `Il est question de démocratie libérale, et nous restons attachés aux fondements du libéralisme politique. Mais il y a une rupture avec tout ce qui peut être fondé uniquement sur le libéralisme économique et donc sur le capitalisme. Par exemple, nous renonçons clairement à ce que les seules lois du marché - la `main invisible´ d'Adam Smith - réglementent les rapports humains. C'est un pas significatif. Toute l'évolution du monde nous conduit à rompre avec la notion d'identité de classe. Voilà pourquoi nous sommes le centre, et au centre. Et c'est un centre réformateur´. Qu'est-ce à dire? `Il y a le pôle des gauches; il y a le centre du CDH qui est romantique; et il y a nous. Ceux qui créent. Ceux qui se mettent d'accord sur le nécessaire dépassement d'une politique qui se bâtit sur la diabolisation de l'autre, l'antagonisme, les références idéologiques du passé´. Des références troquées contre la liberté de chacun, voire le chacun pour soi? Daniel Ducarme conteste: `Autant nous mettons l'accent sur la liberté d'être, de créer, d'entreprendre, autant nous estimons que la puissance publique doit être forte. Loin du capitalisme sauvage qu'on essaie de nous mettre sur le dos. La pratique politique doit selon nous reposer sur deux pieds. Le premier, ce sont des institutions qui soient des pôles de réconciliation. Le second, c'est ce que nous appelons un contrat d'adhésion citoyenne. Il implique que le citoyen a des droits, mais aussi des devoirs. Ni collectivisme, ni égoïsme. Il nous faut des formations politique redevenant de bien commun. Une certaine gauche européenne, quand elle parle des autres, articule ses lèvres en forme de mépris. L'individu a été trop considéré dans sa dimension économique ou sociale, et pas assez dans sa propre dimension politique´. Pas question, décidément, de se dire de droite. N'est-ce pas laisser en friche tout un électorat francophone, au risque, le cas échéant, de l'envoyer dans les bras du premier leader populiste ou ultra venu? `Mais non! Que demande quelqu'un qui se dit à droite? De l'efficacité. Où trouvera-t-il l'efficacité? Au centre réformateur. Un électeur de droite ne peut voter que pour le MR. Et un électeur de gauche qui sait ce que représente l'effort le peut aussi´.

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