`L'opposition, avec enthousiasme...´

Le CDH va se préoccuper des `factures de la vie´, dit son vice-président wallon.André Antoine dénonce le `jeu de l'amour et du bazar´ du gouvernement arc-en-ciel.Un second bail dans l'opposition? `J'y suis heureux´, se risque-t-il.

PIERRE-FRANÇOIS LOVENS et PAUL PIRET
`L'opposition, avec enthousiasme...´
©Johanna de Tessières

ENTRETIEN

Le CDH fait sa rentrée, ce dimanche, au parc Paradisio. Vice-président de l'ex-PSC et chef de file au Parlement wallon, André Antoine donne le ton...

Quel décryptage faites-vous de la rentrée du gouvernement fédéral?

Depuis des semaines, on assiste au jeu de l'amour et du bazar. Je t'aime, je ne t'aime plus... Quand il y a un ménage à trois, il y a toujours un cocu. Pendant trois ans, les écologistes ont été le cocu idéal. Le bazar, ce sont les incohérences, les coups de gueule, les sorties contradictoires. On le voit avec l'affaire du Népal. Derrière ce jeu, on assiste à un match entre la gauche et la droite. A l'image des rivières après une inondation, les partis politiques ont retrouvé leur lit naturel. Le PS est bien à gauche, avec son accessoire écologiste, et le MR campe sur des positions de droite même s'il y a un masque de centrisme.

Dans ce match, le CDH tient à avoir les pieds sur terre et à se préoccuper du quotidien des Belges. Ce qui nous intéresse, ce sont les `factures de la vie´.

A savoir?

Ce sont les problèmes que les différents gouvernements arc-en-ciel, tout occupés à leur marivaudage politique, négligent. C'est notamment la question de la famille. Deux petits exemples. Un: l'accueil de l'enfant. Dans le Brabant wallon, par exemple, plus de la moitié des gardes d'enfants n'est pas assurée. Un plan d'urgence devient indispensable. Deux: la scolarité. Le principe constitutionnel et décrétal de la gratuité est devenu fictif. Pour de nombreuses familles, la facture de la rentrée est très lourde. Des coups de pouce doivent être donnés. La Belgique d'en bas, elle existe aussi! D'autres `factures de la vie´ touchent à la santé, à la justice,... Ce sont des thèmes oubliés de la politique arc-en-ciel, dont les promesses sont devenues des mensonges. Leur réforme des polices est un bordel organisé et Rik Daems aurait dû démissionner 20 fois.

Le `bazar´ que vous dites, pour autant que l'électeur le permette, est en passe d'être reconduit. N'y a-t-il pas là quelque chose de frustrant pour le CDH?

Pas du tout. Il n'est pas sain qu'un parti reste indéfiniment au pouvoir. Après un certain temps, on apprécie tellement de participer au festin du pouvoir que, pour y rester, on ne goûte même plus les mets. Le retour dans l'opposition relève d'une bonne hygiène. L'opposition a facilité notre mutation.

Jamais nous n'aurions pu faire ce qu'on a réalisé si nous n'avions pas été dans l'opposition. La mutation du PSC en CDH a permis de modifier notre approche sur de nombreux dossiers. Il y a aussi eu un changement de génération, qui a conduit à modifier certains comportements, à renouveler nos priorités. Enfin, le ton a changé. Nous essayons d'être beaucoup plus radicaux. Ce radicalisme nous coûtera peut-être une participation majoritaire, c'est vrai, mais nous voulons être nous-mêmes et l'affirmer sans complexe.

Quitte, donc, à rempiler dans l'opposition en 2003?

Oui. Je ne néglige pas que certains membres du CDH aient la nostalgie du pouvoir mais, personnellement, je suis heureux dans l'opposition. Si tel est le voeu de l'électeur, je resterai dans l'opposition avec beaucoup d'enthousiasme. La nouvelle génération du CDH doit faire la preuve de la pertinence de ses analyses et de sa capacité à reconquérir l'électorat.

Pour les partis de la majorité, les `sociaux-chrétiens´ restent indésirables...

Au contraire, nous sommes désirés, mais aux conditions unilatérales des autres partenaires.

© La Libre Belgique 2002