Vers un front uni des francophones

Dimanche, à Gilly, devant le congrès statutaire de son parti, le président du PS, Elio Di Rupo, a annoncé qu'il allait inviter les présidents des partis démocratiques francophones à constituer un front uni pour faire face aux revendications flamandes. Il a en outre reçu mandat pour négocier des "convergences de gauche", avec Ecolo notamment. Ecolo, où Jacky Morael revient...

FRANCIS VAN de WOESTYNE
Vers un front uni des francophones
©Belga

ANALYSE

Dimanche, devant le congrès statutaire de son parti (qui lui a en outre donné mandat pour négocier des convergences de gauche avec Ecolo, notamment), le président du PS, Elio Di Rupo, a annoncé qu'il allait, dans les prochaines semaines, inviter ses collègues présidents des partis démocratiques francophones à constituer un front uni pour faire face aux revendications flamandes.

Le président du PS, qui se démène comme un beau diable pour apparaître comme le maître du jeu francophone, veut donc unir les partis du Sud du pays pour contrer la nouvelle offensive flamande qui se profile à l'horizon. Cette démarche suscite plusieurs interrogations.

Sur la forme, tout d'abord: l'annonce faite par Elio Di Rupo irrite passablement certains de ses collègues qui auraient préféré que la démarche soit dès le départ commune et que les présidents des partis francophones révèlent, ensemble, le contenu de leurs discussions. C'était faire preuve de naïveté: les partis de la majorité, même s'ils disent et répètent qu'ils veulent encore gouverner ensemble, sont plus que jamais concurrents et lancés dans une joute électorale dans laquelle seul comptera le résultat.

Sur le fond, ensuite: les verts, même s'ils négocient des convergences de gauche avec le PS, n'ont jamais aimé constituer des fronts francophones car ils privilégient toujours le dialogue permanent avec leurs amis flamands d'Agalev.

Sur la stratégie, enfin. On est évidemment en droit de se demander si ce front uni résistera, plus longtemps qu'en 1999, à l'offensive flamande. Avant les précédentes élections législatives, les présidents des partis francophones avaient déjà affirmé, la main sur le coeur, que jamais ils ne négocieraient de nouvelles avancées fédérales. La régionalisation de la loi communale et provinciale, par exemple, faisait partie des tabous francophones. On connaît la suite. Il y a, évidemment, une très grande différence: les francophones ne sont plus `demandeurs´. La Communauté française est aujourd'hui refinancée, certes de manière insuffisante mais elle l'est. Les francophones peuvent donc vivre dans l'actuel corset financier. Mais pourront-ils vraiment tenir face à la pression des partis flamands qui tous, exigent de nouveaux transferts de compétences? Même Agalev s'y est mis dans le domaine de la mobilité. Et il n'y aura sans doute plus la même urgence (la crise de la dioxine) qu'en 99 pour constituer un gouvernement. Les Flamands auront le temps. Dès lors, d'aucuns se demandent déjà si, même avec la volonté répétée des six partis de la coalition de jouer un `bis´, la prochaine négociation gouvernementale ne sera pas très longue. D'autant qu'une autre exigence francophone (partagée il est vrai par Agalev et le SP.A mais rejetée fermement par les libéraux flamands) sera sur la table: le droit de vote pour tous les étrangers.

Mandat

On n'en est pas encore là. Et pour l'heure, Elio Di Rupo a donc reçu le mandat de son congrès de poursuivre les négociations avec Ecolo et d'autres mouvements progressistes en vue de la formation d'un pôle des gauches. Les congressistes se sont prononcés unanimement en faveur du mandat à une (!) abstention près. La conclusion d'un accord sur les points de convergence est attendue fin septembre. Il sera rendu public.

© La Libre Belgique 2002


Jacky Morael revient Pourquoi le cacher ? Il y a des retours qui font plaisir. On n'avait plus vu son élégante silhouette, devenue un peu plus épaisse ces derniers temps, ses yeux gris-verts perçants et ses tignasses grisonnantes sur les plateaux de télévision. On n'avait plus entendu sa voix métallique, ses propos cinglants, ses rires francs à la radio. On n'avait plus lu ses phrases choc, ses jugements précis, ses analyses nuancées dans les journaux. Jacky Morael, ancien secrétaire fédéral d'Ecolo, revient dans l'arène politique belge. Il se lancera bientôt dans la bagarre électorale sur la liste verte de la Chambre à Liège. Il a choisi de se confier au `Soir´ au terme d'une longue, trop longue traversée du désert, marquée par différents revers politiques et des chagrins personnels. Il n'en parle pas, justement, de sa vie privée et dénonce, fort à propos, la dérive qu'il constate chez d'autres: `Quelque chose m'a choqué vraiment, en marge de la vie politique au sens strict, c'est l'étalage par certains d'une part de leur vie privée. Je pense à Laurette Onkelinx et à son mariage, mais plus récemment, surtout, à Joëlle Milquet et son bébé, que l'on voit dans un magazine, à la Une, que l'on voit à la télé. Je tiens à le dire parce que je crois qu'on assiste à une dérive.´ Chaud partisan du pôle des gauches Jacky Morael balise le chemin que PS et Ecolo vont faire ensemble. Enthousiaste, mais prudent, Morael précise: `À côté des convergences de gauche, il y a des divergences de gauche.´ Il ne plaide pas forcément pour une reconduction de l'arc-en-ciel ( `Louis Michel doit bien comprendre que des coalitions sont possibles sans lui...´), mais constate qu'après une législature pour préparer les dossiers, il en faudra bien une autre pour les mettre en oeuvre. Cela dit, le CDH le désespère: `Ils disent tout et son contraire.´