Trabelsi: coup de fil, coup de sang

Comme il fallait s'y attendre, la diffusion, jeudi soir par la RTBF, d'une interview exclusive du terroriste supposé (et en aveux) Nizar Trabelsi, a suscité des remous. Nous en relations le contenu dans notre précédente édition. En très bref: il confirme avoir visé la base de Kleine Brogel, indique avoir agi pour Oussama Ben Laden, qu'il dit connaître, et assure haïr les Américains.

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ROLAND PLANCHAR

ANALYSE

Comme il fallait s'y attendre, la diffusion, jeudi soir par la RTBF, d'une interview exclusive du terroriste supposé (et en aveux) Nizar Trabelsi, a suscité des remous. Nous en relations le contenu dans notre précédente édition. En très bref: il confirme avoir visé la base de Kleine Brogel, indique avoir agi pour Oussama Ben Laden, qu'il dit connaître, et assure haïr les Américains.

Les réactions ne se sont affinées vendredi en fin de journée qu'après que se soit répandue la version exacte des faits, pourtant livrée avec une transparence bienvenue par la justice bruxelloise dès la matinée. Le régime de détention préventive de Nizar Trabelsi limitait ses contacts avec l'extérieur au plus strict minimum, selon la règle pénitentiaire applicable à son cas. Il a donc obtenu une dérogation du juge d'instruction chargé de son dossier lui permettant d'appeler un certain nombre de numéros de téléphone, ceux de ses avocats. Mais le numéro de GSM d'une journaliste de la RTBF y était inclus. Voilà comment il a pu l'appeler `tout naturellement´ avec le téléphone de la prison, lui livrant la matière de ladite interview.

L'administration pénitentiaire ne semble a priori pas en cause, estime le ministre de la Justice, Marc Verwilghen, auquel le coup médiatique n'a pas plu et qui a demandé au premier président de la cour d'appel de la capitale de mener une enquête disciplinaire. Et de déplorer le `manque de professionnalisme dans cette affaire importante´.

Des propos paraissant discutables, si le ministre pense à un magistrat, quand on voit les résultats remarquables - et très professionnels - engrangés par les juges d'instruction qui ont traité les dossiers `terrorisme´, avec leurs enquêteurs mais sans grands moyens. Quoi qu'il en soit, `chacun doit prendre ses responsabilités (...): le juge d'instruction, la défense, mais aussi la presse´, dit le ministre.

Dutroux, Carette, Trabelsi

La presse, il faut dire, multiplie les interviews du genre. Au mois de janvier dernier, Marc Dutroux livrait ses états d'âme à la chaîne flamande VTM, grâce à la collaboration irrégulière du sénateur Jean-Marie Dedecker (VLD). Et, à la mi-octobre, l'autre chaîne flamande, la VRT, diffusait l'interview de Pierre Carette, le chef de file toujours emprisonné des Cellules communistes combattantes (et terroristes). Sans que, comme deux membres éminents du PS nous ont dit vendredi espérer que cela arrive en cette nouvelle occurrence, M. Verwilghen eût alors été poussé le moins du monde à la démission.

Côté défense, l'un des avocats de Trabelsi, Didier de Quévy, a expliqué que son client s'était procuré seul les coordonnées de la journaliste et n'avoir pas lui-même été au courant. Et de préciser que, pour Trabelsi, l'opération est un peu suicidaire, car ses conditions de détention vont se durcir. De fait...

© La Libre Belgique 2002

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