Trois questions à Isabelle Stengers

Prévenue dans le «procès OGM», vous estimez avoir surtout posé un acte militant...

La plupart d'entre nous ont reconnu les faits sans que la police ne dispose réellement de preuves. Le fait que nous revendiquions nos actes est bien le signe qu'il s'agit d'une démarche militante. Je suis désolée de devoir recourir à une action «hors-la-loi», mais c'est un risque à prendre.

Pourquoi avoir recours à des actions illégales pour vous faire entendre? N'y a-t-il pas d'autres solutions?

C'est malheureusement la seule façon de procéder. Normalement, je procède en enseignant, en écrivant des textes, en donnant des interviews, etc. Rien n'y fait. Beaucoup de biologistes s'inquiètent de la propagation des OGM, mais on ne les écoute pas. Il faut un événement médiatique pour susciter l'intérêt, pour provoquer un débat démocratique.

Pour des innovations de taille comme les OGM, il faut un débat, il faut vraiment en discuter. On ne peut pas se limiter à taxer ceux qui s'interrogent sur les OGM à des gens qui se méfient de la science et du progrès. D'autre part, nous ne souhaitions pas particulièrement une action en justice. C'est Monsanto qui s'est servi de la justice pour régler ses comptes, c'est elle qui nous a intenté un procès. Ceci dit, j'espère que ce qui a été dit et ce qui se dira sur Monsanto et sur d'autres multinationales de l'agroalimentaire au cours de ce procès aura des échos.

Ne craignez-vous pas des ennuis avec l'ULB en cas de condamnation?

Je ne pense pas que j'aurai des ennuis pour des prises de position d'ordre politique. J'en aurai plus si Monsanto obtient les dommages et intérêts exorbitants qu'elle réclame.

Lui donner de l'argent me ferait mal, aussi bien sur le plan symbolique mais aussi financier. Je reste toutefois convaincue qu'il faut continuer à exiger des comptes sur l'avenir. (R.C.)

© La Libre Belgique 2003