Kabamba le militant

ANNICK HOVINE

À BÂTONS ROMPUS

Vous n'êtes pas celui qui... ?» Quand un quidam interpelle Bob Kabamba dans la rue ou sur un marché, les points de suspension sont de mise. «Je réponds alors : oui, je suis celui qui...», raconte en rigolant celui qui... deviendra le premier sénateur noir de Belgique.

Deuxième sur la liste Ecolo de la Haute Assemblée, derrière l'actuelle vice-Première écologiste («Ah, Isabelle, c'est Isabelle...»), Bob Kabamba se plaît à répéter qu'il est le candidat des militants verts et pas de l'appareil Ecolo, ni d'un clan contre un autre... Effectivement, le 24 novembre dernier, prenant tout le monde de court, l'assemblée générale d'Ecolo propulsait Kabamba comme second au Sénat, à la place convoitée par Josy Dubié, bouillant président de la commission de la Justice.

«Honnêtement, je ne pensais pas passer, c'était la grosse surprise», se souvient l'Ecolo noir, conseiller CPAS à Dour et secrétaire dynamique de la régionale montoise du parti.

Politologue diplômé de l'Université de Liège, où il est chargé de cours, Bob Kabamba (35 ans) a découvert Ecolo en 1991: «Jacky Morael est passé avec d'autres politiques lors d'un cours de sciences-po. J'ai trouvé le projet Ecolo convaincant. Je suis resté sympathisant».

S'il se hisse aujourd'hui de l'échelon local, où il a fait ses gammes politiques, à l'étage fédéral, «c'est à cause de Daniel Ducarme». «J'étais dans mon fauteuil en train de regarder «Controverse» et j'entends le président du MR déclarer, comme ça, que la politique d'intégration est un échec». Il pense alors téléphoner à RTL ou envoyer un e-mail. «Je voulais exprimer mon indignation par rapport à ses propos et lui dire qu'agiter les peurs des gens n'était vraiment pas la meilleure manière d'aborder la problématique. Puis je me suis dit que la manière la plus efficace de procéder, c'était de me porter candidat. Et voilà....»

L'étudiant congolais arrivé en novembre 1987, en direct de Bukavu, bat aujourd'hui la campagne électorale en Belgique: marchés, porte-à-porte et surtout beaucoup de débats et de conférences à travers la Wallonie et à Bruxelles.

Dans le nord du pays aussi. «Malheureusement, je ne parle pas encore le flamand... Mais je suis déjà allé à Anvers, Gand, Louvain. Ce sont des gens qui m'ont vu à la télévision qui m'invitent à raconter mon expérience d'intégration» Ou pour parler des relations Belgique-Congo, de conflits internationaux, de social, de santé, de logement, autant de thèmes chers au futur sénateur.

«Parfois, c'est comique, on m'invite pour des sujets comme le clonage où je ne connais rien de plus que ce que tout le monde sait. J'en informe les organisateurs, mais ils insistent en disant: ce qui nous intéresse, c'est que vous soyez là, plus que ce que vous direz. Au début, je me disais que j'étais une curiosité».

Une curiosité qui ne semble pas s'épuiser: depuis sa première apparition médiatique en novembre, cela n'arrête pas: coups de téléphone, fax, lettres, e-mails... Des signes d'encouragement et aussi beaucoup de mises en garde: restez vous-même, ne changez pas, ne devenez pas comme les autres... «On m'apostrophe comme ça en rue. Ça m'interpelle: cela veut-il dire que les politiciens sont tellement loin, que les gens n'y croient vraiment plus?»

Dans le flot de messages qui lui parviennent, Bob Kabamba ne voit que du positif. «Je n'ai reçu que deux lettres racistes. L'une venait de quelqu'un de Namur. Il m'écrivait que ma place n'était pas dans les beaux salons du Sénat mais dans les arbres en Afrique». En évoquant cela, Bob Kabamba repart d'un grand rire. «Non, je ne lui ai pas répondu. Je n'ai pas le temps maintenant pour ce genre de bêtises. Mais j'ai gardé la lettre: un jour ou l'autre, je ne manquerai pas de prendre contact avec cette personne pour en discuter».

© La Libre Belgique 2003