Un rocker au CDH

Tout bon directeur de festival rock qui se respecte en Belgique semble devoir figurer sur une liste électorale. Herman Schueremans, le patron de Rock Werchter, se présente sur la liste VLD dans le Brabant flamand et Chokri Mahassine, le directeur du Pukkelpop, sur la liste SP.A dans le Limbourg. Et puis il y a Carlo Di Antonio, le fondateur du festival de Dour, quatrième sur la liste CDH pour la Chambre dans le Hainaut.

VINCENT ROCOUR
Un rocker au CDH
©Johanna de Tessières

À BÂTONS ROMPUS

Tout bon directeur de festival rock qui se respecte en Belgique semble devoir figurer sur une liste électorale. Herman Schueremans, le patron de Rock Werchter, se présente sur la liste VLD dans le Brabant flamand et Chokri Mahassine, le directeur du Pukkelpop, sur la liste SP.A dans le Limbourg. Et puis il y a Carlo Di Antonio, le fondateur du festival de Dour, quatrième sur la liste CDH pour la Chambre dans le Hainaut. « Il ne manque plus que l'organisateur de Couleur Café », glisse, rigolard, le Borain.

Le premier contact de Carlo Di Antonio avec la politique remonte au début des années 80. Mais ce n'est pas avec le PSC qu'il fricote alors, c'est avec le mouvement Ecolo. Étudiant ingénieur civil à l'UCL, il participe à la création de la section d'Ecolo à Louvain-la-Neuve. Il y côtoie un certain Jean-Luc Roland, l'actuel bourgmestre d'Ottignies. Mais il claque la porte deux ans plus tard: il n'accepte pas la participation d'Ecolo aux élections. Il se replie à Dour, dans le Borinage, sa ville, sa région. En 1988, il crée un comité de quartier pour sauver le terril qui avait été le terrain de jeu de son enfance. Les idées fusent entre copains. Dont celle d'organiser un festival rock au pied de la butte. Pour la première édition, Bernard Lavilliers assure la tête d'affiche. D'autres grands noms suivent. Jean-Louis Aubert, Noir Désir... Puis la programmation se diversifie, se durcit. Le festival de Dour fait émerger les talents méconnus. Le podium central ne suffit plus? Carlo Di Antonio multiplie les scènes. « Pour la première fois en Belgique. »

La rentabilité n'est pas tout de suite au rendez-vous. On lui prédit une faillite rapide. Mais Di Antonio s'accroche. Il s'impose. Aujourd'hui, le festival de Dour affiche 2 millions d'euros de chiffre d'affaire par an.

La politique le rattrape au début des années 90. Le succès naissant du festival l'a rendu désirable. Tous les partis l'approchent. Le PS est même très insistant. Mais il décline son invitation. « La façon dont les socialistes méprisent les gens qui entreprennent ici m'a fait fuir.» Peu de temps après - hasard ou coïncidence? -, ses relations avec la majorité PS de Dour se tendent. Il se présente alors aux élections communales de 1994. « J'ai pris mon droit de parole.» Il aurait pu rejoindre la liste Ecolo. Il choisit celle du PSC. « Par affinité avec certains élus sociaux-chrétiens de Dour

Plutôt dans l'opposition...

Cet engagement étonne un peu, dans les milieux rock en tout cas. Mais la position du PSC sur l'échiquier politique lui convient: elle lui permet de concilier son inclinaison à épouser les grandes revendications sociales de la gauche - son père a travaillé quelques années dans la mine, à l'endroit même où il organisera plus tard son festival, avant de tomber malade - et sa conviction que pour sortir le Borinage du marasme, il faut encourager davantage la liberté d'entreprendre. « Les gens de gauche me situent à droite et ceux de gauche, à droite. En fait, je suis au centre du centre

En 2001, après avoir enregistré le meilleur score en voix de préférence à Dour aux communales d'octobre, Joëlle Milquet l'intègre dans son équipe chargée de remodeler l'image du parti et d'organiser le changement d'appellation. Carlo Di Antonio devient le symbole de la rupture. Et il croit au succès de ses couleurs.» S'il se maintient à 16-17 pc, pronostique-t-il, le CDH disposera d'un grand potentiel d'expansion.» Dans la majorité ou dans l'opposition? « Dans l'opposition, j'espère. Il nous faut encore un peu de temps pour terminer le travail, faire émerger de nouvelles têtes. Que le PS refasse encore un accord avec le MR: je serai curieux de voir comment il fera encore croire aux gens en 2004 qu'il mène une politique de gauche. »

© La Libre Belgique 2003