Une folie bien assumée

51 ans. Neuf enfants. De gauche. Christiane Vienne, une ancienne du Moc, se présente au PS. Pour lutter contre toutes les inégalités.

FRANCIS VAN de WOESTYNE
Une folie bien assumée
©Johanna de Tessières

À BÂTONS ROMPUS

Un regard clair où pétillent deux yeux rieurs. On sent une énergie, une volonté, une ténacité. Il lui en faut. Car quand elle se présente, elle dit quatre choses:

«J'ai 51 ans.»

«J'étais secrétaire fédérale du Mouvement ouvrier chrétien dans le Hainaut occidental.»

«J'ai repris des études de sciences politiques à 37 ans.»

«J'ai 9 enfants: 5 garçons et 4 filles. J'ai commis la folie de faire 7 enfants en sept ans. Les deux derniers sont des jumeaux.»

Vlan. Voilà. Tout est dit ou presque. Puis elle vous toise, pour voir l'effet que provoque l'énoncé de ce curriculum vitae.

«9 enfants?!?» Pour peu, on se croirait au CDF...

Que non! rétorque l'intéressée, qui dit avoir une vision romantique de la famille nombreuse. «C'est sans doute la chose la plus intelligente que j'ai faite dans ma vie, même si la société actuelle n'est pas adaptée aux grandes familles.» Car partir en vacances ou aller au musée avec une telle tribu, cela n'est pas une sinécure. Mais dans la vie de tous les jours, ce fut, c'est toujours une grande joie. Une source d'équilibre, assure-t-elle: «Le week end, je ne sais jamais combien il y aura d'enfants au petit-déjeuner...» 37 ans. Ce métier de mère famille finit quand même par la vampiriser. Je n'étais pas qu'une poule pondeuse!», lance-t-elle, un brin pour provoquer. Alors elle reprend des études de sciences politiques, grâce à un mari «qui assume».

Chercheuse indépendante au sortir des études, elle fournit quelques dossiers pour les Communautés européennes puis réussit un examen de recrutement et entre au Forem. Quatre ans plus tard, elle est élue secrétaire du Mouvement ouvrier chrétien du Hainaut occidental. «J'étais une candidate d'ouverture: je ne venais pas de l'appareil CSC, je n'étais pas catholique, plutôt de tradition protestante, mais sans identité religieuse bien définie.» S'ouvre ainsi une période passionnante pendant laquelle elle gère des dossiers sociaux et mène, en front commun, des actions de terrain. Souvent avec le PS. Pourquoi avec le PS? «En fait, j'ai fait mes premières armes politiques chez Ecolo: j'ai été conseillère communale Ecolo à Mouscron. Mais les verts sont plus attentifs au petit associatif. Il y a eu une rupture car Ecolo ne reconnaissait pas la légitimité des organisations sociales. Or la démocratie belge fonctionne aussi grâce à ces pouvoirs intermédiaires qu'Ecolo efface.»

Le CDH? Sur le plan régional, il pèse peu. «Et je n'avais pas de très bonnes relations avec Jean-Pierre Detremmerie.»

Au Moc, sur les dossiers de fond, la collaboration s'est faite naturellement avec le PS. Et les socialistes sont venues la chercher: «Rudy Demotte, un ami, m'a appelé un mardi disant qu'Elio Di Rupo me proposait d'être candidate au Sénat. J'ai eu deux jours pour me décider. Je ne voulais pas consulter. J'ai dit oui. J'avais fait le plus passionnant au Moc. Je n'avais pas envie d'entrer dans le ronron.»

Au PS, elle est prête à affronter le fond anticlérical et un peu macho qui sévit toujours dans les baronnies locales. Cela ne l'effraye nullement. «Cela fait un peu partie du folklore.» À présent, elle est socialiste, sans ambiguïté. C'est elle qui a voulu devenir membre. On ne le lui a pas demandé. Mais elle se sent avant tout de gauche. C'est-à-dire? «Vouloir un monde plus égalitaire, lutter contre les mécanismes sociaux qui produisent les inégalités.» Ce n'est pas gagné, même après plusieurs gouvernements à participation socialiste. Elle l'admet. Et c'est bien ce qui la motive. Reste à affronter la campagne car ce n'est pas ce qui l'amuse le plus, elle qui déteste se vendre comme une savonnette. Si elle n'est pas élue (elle occupe la 7ème place), eh bien, pas d'angoisse: elle recherchera du travail.

© La Libre Belgique 2003