Début d'un procès sous haute surveillance

Le tribunal correctionnel de Bruxelles entamera jeudi le procès de 23 militants islamistes radicaux poursuivis, soit pour avoir préparé l'assassinat en Afghanistan du commandant Massoud, soit pour avoir installé à Bruxelles une base logistique pour un attentat contre la base de Kleine-Brogel.

Début d'un procès sous haute surveillance
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Belga

Le tribunal correctionnel de Bruxelles entamera jeudi le procès de 23 militants islamistes radicaux poursuivis, soit pour avoir préparé l'assassinat en Afghanistan du commandant Massoud, soit pour avoir installé à Bruxelles une base logistique pour un attentat contre la base de Kleine-Brogel.

Ces deux dossiers, à l'origine distincts, avaient été joints le 28 avril dernier vu que deux personnes - Tarek Maaroufi et Amor Sliti - sont impliquées dans les deux affaires.

Le procès, placé sous très haute surveillance, se tiendra dans la Cour d'assises pour des questions de sécurité. Il s'annonce comme le plus grand procès du terrorisme islamiste en Belgique. Présidé par Claire De Gryse, il devrait durer un mois, à raison de quatre audiences matinales par semaine.

Les deux affaires, qui s'inscrivent dans le fil des attentats du 11 septembre 2001, montrent des liens avec la mouvance Al-Qaida. Toutes deux ont connu des développements importants près de cette date-clé: Ahmed Shah Massoud, chef de l'Alliance du Nord, a été assassiné le 9 septembre 2001 en Afghanistan par deux hommes qui avaient séjourné en Belgique tandis que Nizar Trabelsi, qui a avoué avoir voulu faire exploser la base militaire de Kleine Brogel, a été arrêté à Uccle le 13 septembre 2001.

Un pistolet mitrailleur Uzi et une formule pour confectionner la même bombe qui avait dévasté l'ambassade américaine de Nairobi en 1998 ont été découvertes chez ce Tunisien, ancien joueur de football au Fortuna Dusseldorf. Du soufre et de l'acétone, qui devaient servir pour la bombe, ont été saisis dans un snack de Bruxelles, exploité par Abdelcrim El Haddouti, qui se retrouvera également sur le banc des prévenus.

Ce réseau de soutien à Trabelsi était suivi depuis 2000 par les autorités judiciaires qui ont décidé d'agir le 13 septembre 2001.

Nizar Trabelsi avait notamment été dénoncé à la justice française par Djamel Beghal. Ce Français arrêté aux Emirats arabes unis avait expliqué que Trabelsi devait commettre un attentat suicide contre l'ambassade américaine à Paris.

Trabelsi parle cependant de la base OTAN de Kleine-Brogel. Il l'a répété en novembre dernier à une journaliste de la RTBF dans une interview où il disait vouer un amour filial à Oussama ben Laden, qui l'avait reçu en Afghanistan où il avait suivi des entraînements militaires. Il aurait été en contact avec Tarek Maaroufi, qui est au centre du second dossier.

Ce «dossier Massoud » est un dossier relatif à l'existence d'une filière internationale d'acheminement, en zone pakistano-afghane, de volontaires désireux de s'y installer ou de recevoir un entraînement para-militaire. Les figures centrales sont Tarek Maaroufi et Amor Sliti.

Le premier, Belge d'origine tunisienne, n'est pas un inconnu de la justice belge. En 1995, il a été condamné à trois ans avec sursis pour ce qui excède la préventive pour association de malfaiteurs dans le cadre du procès d'un réseau logistique du GIA algérien (Groupe islamiste armé) centré autour d'Ahmed Zaoui.

Il s'est rendu en Afghanistan en 2000. Avant son arrestation à Bruxelles, l'Italie avait demandé son extradition pour un projet d'attentat contre l'ambassade des Etats-Unis à Rome. Il est considéré comme un important agent d'Al-Qaida en Europe.

Amor Sliti, détenu dans le cadre du dossier Trabelsi, résidait à Jalalabad avec ses cinq enfants lors de l'attentat contre le commandant Massoud. Il n'est rentré en Belgique, via l'Iran, qu'en mars 2002. Arrivé via les Pays-Bas, il a été immédiatement incarcéré.

En Afghanistan, Amor Sliti a notamment pris en charge Abdessatar Dahmane et Rachid Bouaer El Ouaer, les deux Tunisiens qui ont tué Ahmed Massoud. Ces deux hommes, qui avaient utilisé de faux passeports belges volés à La Haye et Strasbourg et avaient séjourné en Belgique dans les années '90, s'étaient fait passer pour des journalistes de télévision pour avoir un entretien avec le chef de l'Alliance du Nord. Le cameraman avait déclenché les explosifs qu'il détenait à la ceinture.

Deux femmes figurent parmi les 23 prévenus dont sept sont détenus préventivement. Ils sont de nationalité belge (9), marocaine (6), tunisienne (4), algérienne (2), lybienne (1) ou française (1).

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