Les contrôleurs de l'atome inquiets

Le climat général n'est guère favorable au bon contrôle des centrales nucléaires. Les contrôleurs pointent la dérégulation du marché et la concurrence européenne.

R.C.

Le sentiment est diffus, mais partagé.

Les experts nucléaires belges et internationaux de l'Association Vinçotte Nucléaire (AVN) -organisme agréé dans la sûreté nucléaire- jugent la situation du contrôle nucléaire en Belgique comme «sérieusement préoccupante» et vont tout prochainement formuler des recommandations en la matière.

Cette vision quelque peu alarmiste se base sur quelques-unes des conclusions du rapport annuel 2002 d'AVN.

Le contrôleur -selon nos informations- ne tire pas vraiment la sonnette d'alarme sur d'éventuels graves défauts constatés dans les centrales nucléaires belges, il évoque plutôt une situation d'ensemble peu favorable au contrôle nucléaire. Il pointe ainsi la libéralisation du marché de l'électricité qui pousserait Electrabel -gestionnaire du parc nucléaire belge- à comprimer ses coûts pour rester compétitif. «Nous ne disposons pas d'éléments objectifs qui montrent une baisse de la sécurité, mais il est clair qu'une telle configuration requiert une vigilance accrue. Le recours plus systématique à la sous-traitance -par exemple- nécessite que l'on porte désormais le contrôle autant sur le facteur humain que sur les aspects techniques», explique un membre de l'Association.

Un constat que partage Jean-Paul Samain, directeur général de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN). «La grève du personnel en février dernier à la centrale nucléaire de Tihange résultait du plan de restructuration «Transform 2003» d'Electrabel. C'est un exemple des effets que peut avoir sur la sûreté nucléaire l'évolution d'un marché de plus en plus ouvert à la concurrence.»

Instabilité législative

Autre source de crainte en matière de contrôle nucléaire: le statut pour le moins flou d'AVN, par ailleurs à son tour menacé par la concurrence internationale. «Notre statut légal actuel n'est pas de nature à améliorer notre collaboration avec l'AFCN», souligne-t-on chez AVN. «L'agence n'est formellement pas obligée de faire appel à nos services. Elle doit légalement procéder à des appels d'offre publics et garantir la mise en concurrence des différents laboratoires. Or, relier la sécurité à des marchés publics n'est pas la meilleure des garanties pour la qualité et l'indépendance des contrôles.»

Et Jean-Paul Samain de renchérir. «Je m'interroge également sur le bien fondé du recours aux marchés publics européens dans un domaine aussi particulier que le contrôle nucléaire. Bien sûr, un article de la loi donne à AVN encore un sursis renouvelable alors que l'Association dispose pratiquement d'un monopole en Belgique sur le contrôle nucléaire de classe «A» (NdlR: centrales nucléaires). Mais, cela ne durera pas. Quelle sera alors sa capacité à résister à la concurrence européenne et, notamment, aux organismes de contrôle moins chers mais moins pointus?»

© La Libre Belgique 2003


Lors d'un contrôle mensuel effectué le 3 juin dernier sur l'ensemble des batteries électriques destinées à assurer l'alimentation en électricité des systèmes de contrôle automatiques de la centrale nucléaire de Tihange 1, il est apparu que 3 des 180 éléments contrôlés présentaient des anomalies au niveau soit de la densité ou de la tension. Pour un de ces éléments, le constat a été suivi d'une action correctrice dans les 24 heures, alors que les délais impartis par les règles de sécurité préconisent une réparation endéans les 12 heures qui suivent le constat. L'anomalie a été analysée par l'Association Vinçotte Nucléaire (AVN), qui a classé l'événement au plus bas de l'échelle internationale des événements nucléaires (INES), qui compte 7 niveaux, allant du niveau 1 (anomalie) au niveau 7 (accident majeur). AVN a justifié son choix par le fait que le problème concernait un équipement de sûreté et que le délai d'intervention n'a pas été respecté pour l'une des batteries. © La Libre Belgique 2003