«Des pistes pas toujours clairement balisées»

VINCENT SLITS

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Le nouveau gouvernement persiste et signe: il veut faire passer au terme de la législature le nombre de travailleurs dans notre pays de 4200000 à 4400000 en créant au passage 200000 emplois nouveaux. L'annonce avait déjà suscité pas mal de perplexité du côté des économistes. Que pensent-ils du volet «socio-économique» de l'accord gouvernemental? «Je dirais comme Jan Smets (NdlR: Conseil supérieur de l'emploi) que ce chiffre de 200000 emplois est insuffisant pour résoudre nos problèmes de chômage et le problème de financement face au défi du vieillissement, et trop élevé par rapport à ce qu'il est raisonnable d'anticiper au regard de la croissance économique actuelle», explique Etienne de Callatay, chef économiste de la Banque Degroof. De son côté, Bruno Van der Linden, économiste à l'Ires (NdlR: Institut de Recherches Economiques et Sociales de l'UCL), estime qu'il y a lieu de relativiser ce chiffre de 200000 emplois nouveaux: «A politique inchangée, le Conseil supérieur de l'emploi s'attend à ce que 130000 emplois soient créés d'ici 2007. Ce sont donc 70000 nouveaux emplois que le nouveau gouvernement espère créer grâce à ses propositions». Et d'ajouter: «Ces propositions sont relativement vagues. Il est difficile de porter un jugement ou de tenter de chiffrer l'impact des mesures en l'absence d'informations précises sur les modalités d'application des dispositifs proposés. Une grande question se pose par ailleurs: celle du financement qui risque de poser un gros problème. Une kyrielle de mesures déboucheront sur un coût supplémentaire. Tiendra-t-on les objectifs en termes de désendettement? A ce stade, il n'y a pas d'éléments permettant de dire que l'on tiendra le cap de ce point de vue là...».

Même son de cloche du côté d'Etienne de Callatay: «Mon appréciation globale du volet socio-économique est qu'il touche à beaucoup de choses mais sans mesures réellement spectaculaires. Il y a de nouvelles idées mais elles sont limitées dans leur ampleur et les modalités d'application sont inconnues. De nombreuses portes sont ouvertes mais de nombreuses pistes ne sont pas clairement balisées et des incertitudes énormes subsistent. C'est normal dans ce genre d'exercice. On ne doit pas espérer que deux familles politiques aux thèses relativement opposées puissent rapidement se mettre d'accord sur des mesures précises dans un contexte budgétaire difficile». L'économiste de la Degroof pointe certaines mesures positives comme le replafonnement des cotisations sociales, la réduction des cotisations pour les travailleurs de plus de 55 ans ou la volonté de lutter contre le phénomène des faux-indépendants mais estime, par contre, comme trop «dirigiste» l'interdiction de procéder à un licenciement collectif avant d'avoir épuisé toutes les formules de répartition du temps de travail.

Pour Bruno Van der Linden, certaines mesures ou dispositifs risquent de donner le «tournis» aux employeurs et aux décideurs économiques et d'alourdir le système actuellement en place: il vise par exemple le système des primes d'activation pour les jeunes et de prime-pont pour les prépensionnés et les chômeurs âgés qui trouveront un nouvel emploi.

«En 99, chacun des partenaires avait obtenu beaucoup en profitant des marges disponibles. Aujourd'hui, on est dans un tout autre état d'esprit. On est revenu à une déclaration gouvernementale plus proche de ce que la Belgique a connu avant 99, où l'accord n'était pas le résultat des sommes des exigences maximales des différents partenaires mais plutôt le fruit de la recherche d'un consensus. Je ne dirais pas que Verhofstadt fait du Dehaene mais il y a quand même de cela...», conclut Etienne de Callatay.

© La Libre Belgique 2003