«Ne commençons pas à geindre»

«Libéraux et socialistes brisent nombre de tabous», assure le Premier ministre. L'arc-en-ciel n'aurait pas développé «une vision globale» des défis environnementaux. En tête des accents Verhofstadt/violets, les 200.000 emplois nouveaux.Lisez l'intégralité de la déclaration gouvernementale

«Ne commençons pas à geindre»
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PAUL PIRET

ÉCLAIRAGE

Cette fois, Guy Verhofstadt s'est gardé de qualifier d' «aigris» les Belges qui ne partageraient pas tout son enthousiasme... On a pourtant frôlé l'anathème, quand le Premier ministre s'en est pris aux oppositions «vieilles et stériles (...) qui empêchent la Belgique de s'engager définitivement dans la voie du renouveau». Et tout au long des 22 minutes (et 22 secondes) de la déclaration gouvernementale qu'il a lue lundi après-midi à la Chambre puis au Sénat, il a exhorté tous et chacun à éviter «fatalisme et pessimisme».

Comment justifie-t-il cette belle assurance, que l'opposition ne manquera pas de vouloir démonter? On peut sérier trois éléments, officiels, de réponse.

1 La coalition est légitime. Électoralement, c'est de fait le plus incontestable. «Le 18 mai, entame la déclaration, les électeurs ont attribué aux libéraux, aux socialistes et à Spirit près de deux tiers des sièges. Les électeurs se sont clairement exprimés en faveur d'un gouvernement violet». Bien sûr, les temps sont «difficiles». Verhofstadt II prétend pourtant gouverner «de manière combative, engagée et réaliste».

2 Le violet est fusionnel. On pourrait lui répliquer que l'électeur a privilégié les rouges ou les bleus, pas forcément leur alliance qui oblige a priori au grand écart idéologique... «Voilà notre essence, rétorquera Verhofstadt: faire fusionner le meilleur des libéraux et des socialistes». Bien sûr, concède-t-il, l'opposition va dresser des listes de points sur lesquels les coalisés ne sont pas d'accord. Mieux: «Expurgées des exagérations habituelles, ces listes seront même en partie exactes». Mais - ouf! - elles ne seront jamais «aussi impressionnantes» que la liste des points d'accord, calcule le Premier.

Et pour bien faire comprendre «la nouvelle approche commune», la déclaration s'attarde sur trois exemples annoncés «édifiants» qui, en tout cas, ne manquent pas de piquant (ni de candeur?).

D'abord, la lutte contre le chômage. Du côté libéral, explique l'ex-«Baby Thatcher», le chômeur «était facilement considéré comme un profiteur» - ah, bon? Et du côté socialiste, «on estimait qu'il n'y avait aucun abus»- ah, bon, encore? Voici la fusion violette «qui met un terme à la caricature»: les demandeurs d'emploi de longue durée méritent d'être aidés de façon intensive, mais «inversement, on ne peut plus accepter que de l'argent soit gaspillé».

Ensuite, les indépendants. Finie, la «guerre des tranchées» ; «en ce 21ème siècle, chacun a droit à une protection sociale équivalente» - un qualificatif bien pesé.

Le troisième exemple a tout l'air de vouloir moucher les écologistes dont on rappellera qu'ils furent, pour leur part et à leur manière, de l'arc-en-ciel... «Certains croyaient régler l'environnement par un plus grand contrôle de l'État ou par une multiplication de réglementations tâtillonnes et de nouveaux prélèvements. D'autres considéraient la conscience écologiste comme une mode passagère. (...) Le gouvernement violet rompt avec ces simplismes. Pour la première fois (sic...), un accord de gouvernement développe une vision globale des principaux défis» (mobilité, Kyoto, biodiversité).

3 Il y a de quoi faire. Là-dessus, la déclaration résume l'accord de gouvernement que l'on connaît. En tête, le travail. Guy Verhofstadt ne peut s'empêcher de rappeler «son» chiffre de 200000 emplois nouveaux. On n'y parviendra jamais? «Ne commençons pas à geindre», coupe le Premier. Avant de passer à d'autres accents de la copie violette: de nouvelles impulsions économiques, les entreprises publiques, les soins de santé («l'augmentation des coûts nous impose naturellement une gestion plus rigoureuse»), une meilleure justice («une solution structurelle pour Bruxelles sera trouvée»), «le refus de la provocation et de l'humiliation» dans le registre communautaire, les relations interculturelles et internationales...

Mais le nerf de la guerre, sur lequel l'opposition affûte son artillerie? «Nous avons résisté à la tentation de résoudre tout avec plus d'argent»: ni imprudence, ni «pénitence» budgétaire!

© La Libre Belgique 2003

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