Le violet ne jouerait pas les violettes

Le PS s'affiche comme le moins enthousiaste des quatre partis (et demi) de la majorité.Le registre communautaire ouvre aux interprétations divergentes habituelles.

Le violet ne jouerait pas les violettes
©BELGA
P.P.

Trop d'incertitudes, trop d'esbroufe, trop de portefeuilles légers... Sans surprendre, c'est sur ces trois terrains que l'opposition à la coalition bleue et rouge développe sa réplique à la déclaration gouvernementale prononcée lundi par Guy Verhofstadt devant le Parlement.

La composition du gouvernement? Dès le début hier du débat d'investiture à la Chambre, jusqu'ici sans relief ni éclat, Pieter De Crem (CD&V) ironise sur la «créativité» de Verhofstadt II, une créativité qui «vise évidemment les élections prochaines». Et voyant passer le nouveau député Miguel Chevalier (VLD, porte-parole sortant du Premier, frère puîné de Pierre, suppléant de Vincent Van Quickenborne), Raymond Langendries (CDH) lui envoie: «Vous serez le seul à pouvoir dire qu'on a nommé un secrétaire d'Etat pour vous faire monter».

Prudence PS

L'esbroufe?

«A part vous, il n'y a pas beaucoup de satisfaits», lance De Crem à Verhofstadt. Auquel Langendries apprend la jolie formule «jouer les violettes» : «Ce n'est pas votre principale qualité, puisqu'il s'agit d'être discret, réservé, modeste. Modeste, ce n'est pas manquer d'ambition ou être pessimiste. C'est estimer justement les moyens dont on dispose». Mais dans le même registre, le majoritaire Daniel Bacquelaine (MR) rappelle l'interprétation, lue dans la «Libre» (une bonne lecture au demeurant), qui est généralement donnée au violet: «La couleur de la tempérance, de la lucidité et de l'action réfléchie». S'agissant de couleurs, on suivra aussi le regard de Dirk Van der Maelen (SP.A) : «Le vert intelligent, c'est bon pour le citoyen». Mais Marie Nagy (Ecolo) défend la politique environnementale de feu l'arc-en-ciel, reniée par son successeur. Enfin, le majoritaire le plus piquant, parce que le plus dosé, doit être Claude Eerdekens (PS) : «Notre engagement n'est pas aveugle. (...) Mon groupe a pris connaissance des résultats de la négociation avec satisfaction, mais aussi avec prudence. Une prudence que j'espère le gouvernement fera sienne. (...) Car nul n'ignore les difficultés budgétaires. Et les besoins sont nombreux, autant que vos projets». Si ce n'était encore assez clair pour le Premier: «Je ne tiendrai pas de discours triomphant, car tout est à faire».

Communautaire en réserve

Tertio, le programme. «Programme de gouvernement ou électoral?», (s')interroge Langendries. «Beaucoup de littérature et de garniture», assure De Crem.

En point de mire, singulièrement, les moyens pour atteindre les objectifs: «Donnez-nous au moins les comptes 2003!», demande le CD&V à Verhofstadt. «Sans moyens nouveaux significatifs, prolonge Nagy, l'ensemble des fonctions collectives sont gravement compromises à terme». Quant aux 200000 emplois nouveaux, la majorité défend le chiffre verhofstadtien comme «ambitieux mais raisonnable» (Eerdekens) ou «ambitieux mais réaliste» (Bacquelaine).

Les incertitudes sont aussi communautaires. Mais en tir dispersé, comme d'habitude. Côté opposition ex-sociale-chrétienne, Langendries annonce que le futur forum «est créé pour démanteler la Belgique» tandis que De Crem regrette que les francophones bloquent tout (sauf pour l'exportation d'armes et Francorchamps - «des pains et des jeux, c'est du propre»). Côté majorité libérale, Bacquelaine se réjouit de ce que «le communautaire peut attendre», tandis que le député-président du VLD, Karel De Gucht, anticipe: «Nous ne sommes pas disposés à nous vendre. (...) Tous les points pourront être abordés après juin 2004, comme une solution pour la scission de l'arrondissement judiciaire et électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Et auparavant, avec Kyoto, pour une fois (sic), la solidarité pourra jouer du Sud vers le Nord».

Faudrait savoir...

© La Libre Belgique 2003

Sur le même sujet