Trois questions à Jean Beaufays

P.P.

Peut-on résumer deux règnes en disant que Baudouin a dû se résigner au fédéralisme quand Albert II le gère?

Effectivement, le règne d'Albert II se déroule dans un État officiellement fédéral. Mais il se comporte comme le chef de la «fédération», dans laquelle il y a des États fédérés - avec leurs gouvernement, parlement, législation - et le niveau fédéral qui est l'ensemble. C'est à l'image de la Constitution belge, qui est celle de la fédération.

Le Roi n'a pourtant rien à dire aux communautés et régions...

Légalement, c'est vrai. Seuls les ministres fédéraux donnent le contreseing aux actes du Roi. Mais il y a un pouvoir symbolique à l'égard de l'ensemble. Son influence morale, notamment dans ses discours, s'adresse à toute la fédération. Souvenez-vous de ses propos sur l'enseignement, la culture, en matière économique, de l'éthique familiale, de l'enfance; voyez ses faveurs nobiliaires de ce 21 juillet qui mettent l'accent sur la défense de l'enfant, l'enseignement, les médias: il ne se limite pas à ce qui est purement fédéral.

À mesure que l'état se fédéralise, le Roi perdrait-il en pouvoir formel et gagnerait-il en pouvoir symbolique?

L'influence légale du Roi n'est plus celle de ses prédécesseurs. Le choc de la rupture remonte d'ailleurs à la question royale. Le rôle du Roi est devenu plus symbolique, et par là plus difficile à jouer, parce que son pouvoir s'appuie moins désormais sur le texte de la Constitution que sur sa légitimité. C'est davantage délicat, parce que la légitimité vient de la sympathie populaire. Mais Albert II a modernisé le style et l'étiquette de la Cour.

© La Libre Belgique 2003