Ancia: peut-être pas si peur que ça...

Jeudi à l'audience de la cour d'assises de Liège, le juge Véronique Ancia a déclaré que, en livrant publiquement le nom du «témoin anonyme» de l'affaire Cools, elle mettrait la sécurité de l'intéressé en péril mais également la sienne. Véronique Ancia a peut-être été un peu vite en besogne. Les enquêteurs de la cellule Cools, en tout cas, n'ont pas peur.

ROLAND PLANCHAR

ANALYSE

L'existence d'un Etat de droit suppose que celui-ci parvient quoi qu'il arrive à imposer la volonté démocratique. C'est même sa raison d'être «moderne». En matière judiciaire, cela revient à asseoir la puissance - donc l'indépendance, à l'égard du crime - des forces de police ainsi que celle des magistrats. Or, un doute a vu le jour à cet égard, jeudi à l'audience de la cour d'assises de Liège, lorsque le juge Véronique Ancia a déclaré que, en livrant publiquement le nom du «témoin anonyme» de l'affaire Cools, elle mettrait la sécurité de l'intéressé en péril mais également la sienne.

Ainsi, un ex-juge d'instruction, devenu conseiller à la cour d'appel, pourrait avoir à craindre pour lui-même et pourrait avoir à faire ou à ne pas faire certaines choses en fonction de cela? Si c'était vraiment le cas, où seraient les gages de l'indépendance du magistrat? Et où serait la puissance de l'Etat, dès lors incapable d'assurer à ses agents à la fois leurs nécessaires sécurité et indépendance?

On pourrait bien sûr aller vite en besogne pour en juger et conclure à des menaces, façon mafia. Certes, l'Italie du juge Giovanni Falcone, assassiné le 23 mai 1992 par «Cosa nostra» (l'explosion de 500 kilos de tritol avait tout simplement éventré le tronçon d'autoroute sur lequel il circulait avec sa famille), n'est pas un mythe. Comme elle le disait, le témoin d'Ancia n'est d'ailleurs pas «un enfant de choeur».

«Plus baraqués qu'Ancia»

Mais si la chose a bien sûr été longuement commentée - et encore vendredi au palais de justice de Liège -, le sentiment général est désormais que Mme Ancia n'est pas en danger. Et qu'elle a pu s'abriter derrière cette déclaration, peut-être une simple mais maladroite extrapolation, pour éviter d'avoir à répondre à des questions trop pressantes. Nombre d'avocats présents au procès Cools penchent désormais en ce sens, sans se formaliser outre mesure de l'artifice, si c'en est un. A défaut, gageons que Mme Ancia en aurait référé aux autorités compétentes. Qui, même en gardant leur réserve naturelle, ne paraissent pas trop inquiètes.

En tout cas, vendredi à l'audience, les enquêteurs Marc Gosselin et Jean-Pierre Latour, qui avaient procédé à l'audition initiale du témoin le 24 juin 1996, se sont retranchés derrière le secret professionnel pour toutes les questions relatives à son identité et à sa prime. A la question d'un avocat de la défense, qui veut savoir s'ils craignent pour leur sécurité, à la façon de ce qu'en disait le juge, les deux policiers répondent non, vraiment non. «C'est vrai que vous êtes plus baraqués qu'elle...», constate l'avocat. Fin de l'incident?

© La Libre Belgique 2003

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