La Cour de cassation appelée au procès

L'audience de la cour d'assises de Liège, où sont jugés les accusés de l'affaire Cools, a vu revenir une fois de plus les vieilles dissensions entre Liège et Neufchâteau à la barre des témoins. Cette fois, c'est l'ancien avocat général Armand Spirlet qui y a répété combien la mésentente régnait entre les deux pôles. On se regardait «en chiens de faïence»..

La Cour de cassation appelée au procès
©BELGA
ROLAND PLANCHAR

ANALYSE

L'audience de la cour d'assises de Liège, où sont jugés les accusés de l'affaire Cools, a vu revenir une fois de plus les vieilles dissensions entre Liège et Neufchâteau à la barre des témoins. Cette fois, c'est l'ancien avocat général Armand Spirlet qui y a répété combien la mésentente régnait entre les deux pôles. On se regardait «en chiens de faïence»...

Il avait été désigné, après l'assassinat du 18 juillet 1991, comme «second» de l'ancien procureur général, feu Léon Giet, pour surveiller l'enquête. En 1992 déjà, il s'était montré très sensible à la «piste Todarello», vers Alain Van der Biest - qu'il avait très vite traité, sans égard pour la présomption d'innocence, de «suspect de meurtre», se souvient-on. «Mais à ma stupéfaction, cette piste n'a pas été poussée très loin.» Trois mois de travail n'avaient rien donné de concret, se sont déjà justifiés les Liégeois.

Gênait-il? Et qui?

M. Spirlet, également ancien chef de cabinet adjoint de Philippe Moureaux (PS), a ensuite, d'un discours posé mais vigoureux, expliqué avoir, en 1994 et au plus chaud de la guerre des juges, défendu l'idée que Neufchâteau avait raison. Le 25 mars de cette année-là, il rédigeait un rapport en ce sens pour son «PG». Il y expliquait que les enquêteurs chestrolais détenaient des éléments très importants contre la «mouvance Van der Biest». Un rapport dont le contenu, pour lequel il avait promis le secret à Neufchâteau, ne sera porté à la connaissance du juge Ancia que deux ans plus tard, en 1996. Elle en aurait eu besoin bien plus tôt pour son enquête, lui avait-elle alors indiqué, amère.

Bref, M.Spirlet défend en 1994 «la saisine de Neufchâteau pour vérifier si la piste est bonne. Mais on a considéré que je le faisais avec trop d'insistance, que mon impartialité était entachée. Et on m'a prié de ne plus m'en occuper». Peut-être qu'il gênait quelqu'un... «On, c'était qui?», demande le président de la cour, Luc Lambrecht. «Le procureur général Giet, mais sur injonction de son homologue de la Cour de cassation, Jacques Velu, et du ministre de la Justice de l'époque, Melchior Wathelet », répond M. Spirlet. Manifestement, il a vécu cette éviction comme une souffrance personnelle et s'en souvient. Il se souvient aussi avoir trouvé étrange la rapidité du dessaisissement de Neufchâteau, le 1er juin 1994, tout en trouvant cette guerre des juges «lamentable». Pour lui, Ancia et Connerotte «méritaient un sérieux rappel à l'ordre, plutôt que le dessaisissement de l'un d'eux».

Dessaisissement... Après qu'elle eut perquisitionné les locaux du PS de Liège et ceux de plusieurs de ses membres, en juillet 1992, l'office de M. Spirlet avait demandé le dessaisissement -au moins partiel- d'Ancia.Toujours est-il qu'on reparlera dessaisissement: le président Lambrecht a décidé, après la déposition de M.Spirlet, d'entendre MM. Velu et Wathelet, le 4 décembre prochain si possible.

Par ailleurs, la cour a aussi entendu, lundi, les anciens époux De Bocq, de La Louvière, qui avaient formulé des accusations contre Silvio De Benedictis, son neveu Richard Taxquet, Pino Di Mauro et d'autres. A l'époque, en pleine guerre des juges, les déclarations contradictoires des couples De Bocq et De Benedictis - d'anciens amis impliqués dans l'affaire des titres volés - avaient surtout fait penser à un règlement de comptes généralisé.

L'impression persistait, lundi à l'audience, même si les De Bocq, désormais du bon côté de la barre, ont gagné en crédibilité.

© La Libre Belgique 2003

Sur le même sujet