L'école n'est-elle plus obligatoire?

Monique Baus

Votre enfant, en âge d'obligation scolaire, n'est inscrit dans aucune école? Aujourd'hui, en Communauté française, cette contravention à la loi peut passer totalement inaperçue. Faute de personnel administratif suffisant, plus personne ne contrôle en effet cet aspect de l'obligation scolaire. A savoir l'obligation d'inscrire son enfant âgé de 6 à 18 ans, dans une école.

Les dispositifs imaginés pour tenter de lutter contre le décrochage scolaire font, eux, bel et bien débat. Fort médiatiquement même. Mais à l'heure où l'on tente de mettre en place une stratégie visant à faire en sorte que tous les élèves inscrits dans les écoles fréquentent effectivement les cours (les ministres concernés par le mal nommé projet «école des caïds» planchent sur des listes provisoires de sites possibles, pour rescolariser et resocialiser les jeunes en décrochage, listes qui doivent être examinées en gouvernement mercredi), il apparaît que plus personne n'a le temps de vérifier que chaque bambin en âge d'obligation scolaire est réellement inscrit quelque part!

«Ce contrôle a été abandonné», confirme Lise-Anne Hanse, directrice générale de l'Enseignement obligatoire à l'administration de la Communauté française (c'est elle qui chapeaute le service auquel incombe cette tâche). «Les ressources humaines, trop limitées, ne nous permettent plus de l'assurer.» Incroyable mais vrai: le problème remonte à plusieurs années. «Cela date de la modification de la loi de financement des Communautés, en 2001.» A l'époque, le comptage des élèves est imposé mais à sens unique, dans un objectif budgétaire. «La cellule comptage comporte alors cinq ou six personnes. Et toutes doivent être affectées à cette nouvelle mission. Il s'agit, pour fixer les grilles de subsidiation, de vérifier si chaque élève inscrit dans une école figure bien au registre national.» Inversement, par contre, plus personne ne trouve le temps de partir du registre national et de contrôler si chaque enfant qui y figure est inscrit dans une école.

Plus personne sauf quelques fonctionnaires particulièrement motivés. Pas plus tard qu'il y a un an ou deux, par exemple. Et l'expérience est intéressante pour donner une idée de l'étendue du problème. «Mon prédécesseur a essayé, fort d'un système informatique de carte scolaire, d'effectuer la comparaison. Et il est tombé sur une différence de 10000 têtes. Evidemment, on sait que certains petits francophones sont inscrits dans l'enseignement flamand. Que d'autres suivent une scolarité à l'étranger. Ou d'autres encore, à domicile.» Seulement faute de temps, impossible d'enquêter plus avant. «A l'époque, on a estimé à 2500 ou 3000, le nombre d'enfants à problèmes. Mais il aurait fallu écrire aux parents, gérer les cas. Ce qui était impensable vu le manque de ressources. Alors on a laissé tomber le système!»

Si la nouvelle mission imposée en 2001 à l'administration a sonné le glas du contrôle, il faut dire que celui-ci ne survivait qu'artisanalement depuis un bout de temps. «Il y a huit ans, on avait mis sur pied un bureau d'inscription scolaire (dit «le BIS») qui, petit à petit, avait voulu mettre en route un système de vérification manuelle.» Chaque inspecteur cantonal collectait les listes des écoles de son canton. Ensuite, à la main, il cochait tous les noms qui y figuraient sur les listes d'Etat civil, à l'époque fournies par les communes. «Là, le constat avait été encore pire: il restait environ 40000 noms sans petite croix!» Et là déjà, on ne s'était pas donné les moyens de mener une recherche approfondie. Et les choses en étaient simplement restées là.

Aujourd'hui, une centaine d'inspecteurs cantonaux émargent à la Communauté française. Et concrètement, cette mission ne fait plus partie de leurs priorités. «J'ai essayé de conscientiser le gouvernement au problème», témoigne encore Lise-Anne Hans. «Et j'ai bon espoir d'obtenir des moyens supplémentaires.»

© La Libre Belgique 2003