«Oui, il y a des enfants en danger»

M.Bs.

E n 1918, les amendes étaient très lourdes», rappelle le député André Bailly (PS) qui interpellera les ministres concernés sur la question qui nous occupe, ce mardi, au Parlement.

L'obligation scolaire date de 1914. Elle concerne alors les enfants de 6 à 14 ans. Il faudra attendre 1918 pour la voir appliquée. «Des contrôles sévères existaient à l'époque», poursuit le même. Car il s'agissait d'obliger tous les parents à inscrire leurs enfants à l'école, alors que les plus pauvres avaient besoin de leurs petits salaires pour faire vivre la famille.

«Le système a évolué à l'époque du pacte scolaire (1958). Les inspecteurs cantonaux réunissaient les directeurs des écoles de leur zone. Ils leur fournissaient les listes d'enfants transmises par les communes, et leur demandaient d'y pointer les enfants inscrits chez eux.» En rassemblant toutes les listes, ils repéraient les enfants inscrits nulle part, et écrivaient aux bourgmestres des communes concernées en leur demandant d'agir. Ceux-ci chargeaient alors la police de quartier ou le garde champêtre d'enquêter. Et au final, les cas «fraudeurs» étaient confiés à la justice. Seulement au fil du temps, la tâche est devenue de plus en plus difficile. D'autant qu'en 1983, l'obligation scolaire s'est étendue jusqu'à 18 ans.

Qui sont ces enfants qui échappent au système? Christian Sol est, encore aujourd'hui, inspecteur général du fondamental. Il se souvient du temps où il effectuait les contrôles: «Je me rappelle d'une famille dont les enfants étaient dans des écoles proches de sectes. Les filles étaient soi-disant instruites à domicile, mais on ne leur apprenait que des préceptes religieux. Quant aux garçons, ils étaient dans une école privée en Alsace.» Et de faire part de son intime conviction: «Oui, il y a des enfants en danger. L'exploitation et la traite des enfants existent aujourd'hui, en Belgique!»

Lise-Anne Hanse, directrice générale de l'enseignement obligatoire, confirme: «Il y a des milieux où la scolarité est négligée à cause de difficultés particulières de vie.» Et pas seulement chez les illégaux.

© La Libre Belgique 2003