«Les parents», c'est fini

Sept ans ont passé, l'image a vécu. «Les parents», ça n'existe plus. L'étiquette ne vaut plus. Il reste évidemment «des» parents, toujours meurtris et ravagés par l'épouvantable épisode qui a marqué leur vie. Mais chaque famille a repris son chemin, ses soucis, son rythme propres. Ni les parents de Melissa Russo, ni ceux de Julie Lejeune n'assisteront au procès de Marc Dutroux. Le dossier ne donne pas de réponses, disent-ils.

Annick Hovine

Une image, forte, avait forgé l'appellation «les parents». C'était en avril 1997, au lendemain de la découverte du corps de la petite Loubna Benaïssa dans le garage de Patrick Derochette à Ixelles: main dans la main, Carine et Gino Russo, Louisa et Jean-Denis Lejeune, Betty et Paul Marchal, Marie-Noëlle Bouzet... et d'autres proches d'enfants disparus et assassinés, unis dans la même douleur, formant une chaîne.

L'image a vécu

Sept ans ont passé, l'image a vécu. «Les parents», ça n'existe plus. L'étiquette ne vaut plus. Il reste évidemment «des» parents, toujours meurtris et ravagés par l'épouvantable épisode qui a marqué leur vie. Mais chaque famille a repris son chemin, ses soucis, son rythme propres.

A l'époque, on parlait des «Russo-Lejeune» comme d'une entité indivisible, sans plus sentir la nécessité de préciser que les premiers sont les parents de Melissa et les seconds, ceux de Julie... On les voyait inséparables, ils ont aujourd'hui repris quelque distance.

Le 24 juin 1995, les deux familles ne se connaissaient pas intimement. Elles se sont rapprochées dès les premières heures qui ont suivi la disparition des fillettes. Pendant un an, les Russo et les Lejeune ont remué ciel et terre, butant contre un système judiciaire inhumain et inefficace. Eux recherchaient leurs enfants vivants; les enquêteurs, des corps et des coupables. Ils ont, les premiers, dénoncé les lacunes de l'enquête et remis en cause le mode de fonctionnement de la justice belge. Avant le dramatique été 1996, ils prêchaient dans le désert.

Pendant de longs mois, les deux familles liégeoises ont arrêté leurs activités professionnelles pour se jeter à coeur perdu dans la recherche de la vérité. Pour comprendre ce qui s'était réellement passé. Mais aujourd'hui, elles ont jeté l'éponge. En mars 2002, les parents de Melissa, rapidement suivis par ceux de Julie, annonçaient qu'ils déchargeaient leur conseil, Me Victor Hissel, de leur dossier. «Cette décision, mûrement réfléchie, n'était pas fondée uniquement sur des difficultés financières (...), mais sur l'attitude qu'ils ont adoptée à l'égard d'un procès dans lequel ils ne croient plus», explique-t-on sur le site de l'asbl «Julie et Melissa».(*)

«Un grand cirque»

Les Russo et les Lejeune refusent d'apporter leur caution à la manière dont s'est déroulée l'enquête judiciaire sur Marc Dutroux et consorts. «Il s'est passé quelque chose, toute notre vie est bouleversée, mais nous ne savons pas exactement par quoi. C'est un grand trou noir, et le dossier ne donne pas la moindre réponse quant à ce qui se trouve dans ce trou noir. C'est cela qui est difficile: il y a toute une période de la vie de ma fille dont je ne sais rien», confiait Carine Russo au magazine «Humo» en mars 2003. «Pendant sept ans, nous n'avons entendu qu'une seule chose: laissez les professionnels mener l'enquête! Maintenant, nous avons tout lu, nous avons une vue assez claire du dossier et nous avons conclu que ce serait absurde de participer au procès», enchaîne Gino Russo. «Ce sera un grand cirque, basé sur un scénario négligé et nous ne voulons absolument pas y prendre part. Qu'ils jouent entre eux.» Ni les Russo, ni les Lejeune ne devraient donc assister au procès d'Arlon. Ils ne seront pas non plus représentés par un avocat.Après avoir, bien malgré eux, occupé la scène médiatique, les deux familles ont retrouvé une vie plus normale. Louisa Lejeune a repris son travail d'infirmière, à mi-temps, depuis août 1996. Son mari, Jean-Denis Lejeune, est attaché à la direction du département de communication de «Child Focus», le Centre pour enfants disparus créé dans la foulée de l'affaire Dutroux. Maxime, le frère de Julie, a aujourd'hui 14 ans.Carine Russo, qui avait repris des études avant la disparition des fillettes, ne travaille plus. Gino Russo est salarié à Cockerill. Ensemble, ils s'occupent aussi de l'asbl «Julie et Melissa». Grégory, le frère aîné de Melissa, aura bientôt 20 ans.

(*) www.juliemelissa.be.

© La Libre Belgique 2004