Le procès Dutroux bloque Wathelet Sr

Rachel Crivellaro

Il ne se présentera pas. Plus que pressenti pour occuper la place de premier suppléant sur la liste CDH pour les élections européennes du 13 juin prochain, Melchior Wathelet Senior a finalement déclaré forfait. «Malgré la satisfaction que m'ont procuré les incitations et les encouragements du parti, j'ai décidé de ne pas figurer sur la liste. Il me semble en effet pour le moins inopportun de faire une campagne électorale alors que de manière concomitante se déroule le procès Dutroux.»

Respect

Pour l'ancien ministre de la Justice (1988-1995), il s'agit d'une question de respect envers les victimes et les parents des victimes de Marc Dutroux et consorts, dont le procès se tient actuellement à Arlon. Même s'il n'est pas appelé à témoigner dans ce procès - ce qui fut le cas dans celui sur l'assassinat d'André Cools - Melchior Wathelet ne veut pas que son éventuelle campagne électorale puisse interférer sur le cours de la justice. «J'ai entamé ma réflexion bien avant le procès. Et j'estime qu'il n'est dans l'intérêt de personne de faire renaître les débats qui ont animé la commission parlementaire sur l'affaire Dutroux.»

C'était en 1996. Une période difficile pour Melchior Wathelet père. Les sinistres coulisses de l'affaire Dutroux sont exposées au grand jour. Dans son rapport du 15 avril 1997 - le premier de deux - la commission sur les enlèvements d'enfants retiendra la responsabilité du ministre de la Justice de l'époque, Melchior Wathelet, dans la libération conditionnelle de Marc Dutroux en avril 1992. Dépeint à l'époque par certains comme un technicien froid et peu soucieux du facteur humain, Melchior Wathelet n'aurait pourtant jamais digéré ces reproches. Reste qu'il n'est pas le seul à n'avoir rien oublié, notamment dans l'entourage des victimes de Dutroux où certains conservent une dent contre lui.

Depuis, Melchior Wathelet a plus ou moins disparu de la scène politique belge pour officier à la Cour de justice des Communautés européennes à Luxembourg. En 2003, il ne sera pourtant pas reconduit dans ses fonctions. Sans mandat et sans perspective électorale, il n'a pas plus l'intention de se présenter aux élections régionales qui se tiendront également le 13 juin prochain..., Melchior Wathelet compte se «donner à fond» comme professeur de droit européen à l'ULg. «Qu'on ne se méprenne pas cependant. Je suis et je reste CDH et je compte bien apporter mon appui à un autre Wathelet.» Comprenez son fils, Melchior Jr, dernier suppléant sur la liste régionale à Verviers. Au CDH, on prend donc acte de ce que l'on qualifie de «décision personnelle, mais parfaitement compréhensible et qui relève de la décence.»

Numero «uno»

Au demeurant, Joëlle Milquet - présidente du CDH - reste tête de liste pour les européennes, mais n'a toujours pas de suppléant. Or, le temps presse, les listes pour les élections européennes doivent être déposées au plus tard samedi prochain. Mercredi, le bureau du CDH a donc planché sur la nouvelle donne suscitée par le forfait de Melchior Wathelet senior. En théorie, Joëlle Milquet ne devrait en effet pas siéger au Parlement européen, d'où l'intérêt et la lutte pour la première suppléance. Cependant, au CDH on n'écarte plus complètement la possibilité de voir siéger la présidente dans l'hémicycle européen. «Tout dépendra des résultats et des alliances qui pourraient se dessiner après le double-scrutin», lâche-t-on au parti. Un cas de figure qui reste toutefois peu probable et l'on continue à citer deux autres favoris pour la place tant convoitée: Georges Dallemagne et Raymond Langendries. Les deux sont en tout cas toujours dans la course, même si un troisième larron venant coiffer le duo sur le poteau n'est pas totalement à exclure.

© La Libre Belgique 2004