Les syndicats au fil du temps

Le syndicalisme belge voit le jour à Gand en 1857, avec la naissance des «Broederlijke wevers» (Tisserands fraternels) et des «Noodlijndende broeders» (une corporation de fileurs). Des travailleurs d'autres secteurs imitent ensuite ces initiatives dans tout le pays. C'est l'époque où les idées défendues par Karl Marx commencent à essaimer en Europe. Les principaux leaders du mouvement syndical naissant vont d'ailleurs épouser ces thèses.

Les syndicats au fil du temps
©Brisson
Vincent Rocour

Le syndicalisme belge voit le jour à Gand en 1857, avec la naissance des «Broederlijke wevers» (Tisserands fraternels) et des «Noodlijndende broeders» (une corporation de fileurs). Des travailleurs d'autres secteurs imitent ensuite ces initiatives dans tout le pays. C'est l'époque où les idées défendues par Karl Marx commencent à essaimer en Europe. Les principaux leaders du mouvement syndical naissant vont d'ailleurs épouser ces thèses. C'est le début d'une politisation de l'action syndicale qui conduira, 20 ans plus tard, à la création du Parti ouvrier belge, l'ancêtre de l'actuel PS.

Mais l'évolution que connaît le mouvement syndical à l'époque ne plaît pas à tout le monde. L'aile libérale du syndicat de tisserands gantois refuse l'emprise socialiste. Elle claque la porte de l'organisation et crée une nouvelle structure, qui mènera plus tard à la constitution du mouvement syndical libéral.

Le monde catholique n'est pas en reste lui non plus. L'Église, inquiète de la propagation du marxisme dans les ateliers, décide de s'intéresser de plus près au monde du travail. Elle se dote d'une doctrine sociale, dont les fondements sont repris dans l'encyclique Rerum Novarum (1891) rédigée par Léon XIII, et va soutenir la création d'une structure syndicale étiquetée catholique. Les débuts sont clairement marqués par le souci de limiter l'influence du communisme. Le premier syndicat d'inspiration chrétienne, créé à Gand en 1886, s'appellera d'ailleurs l'«Antisocialistische Katoenbewekersdond» (l'Union anti-socialiste des travailleurs du coton). Le parti catholique embraye le mouvement. Conscient que le suffrage universel est devenu inéluctable et qu'il faudra désormais séduire des électeurs dans les classes populaires, le parti chrétien intègre dans ses structures le syndicat chrétien, qui constituera l'un des piliers officiel du parti.

Influence du passé

Ce passé est loin à présent. Et pourtant, il a laissé des traces. On dit ainsi que la culture syndicale de la FGTB est plus conflictuelle qu'à la CSC où l'on privilégie d'abord la concertation.C'est un héritage du passé. De même, la FGTB est plus implantée dans les anciens bassins industriels (Liège, le Hainaut, Anvers) et le syndicat chrétien plus imposant dans de plus petites structures de travail (le secteur non-marchand notamment) ou auprès des employés. C'est aussi un héritage du passé. Un héritage qui explique pourquoi la CSC est toute-puissante en Flandre et la FGTB reste majoritaire en Wallonie.

Les choses n'ont pas moins fortement évolué avec le temps. L'affrontement des premiers jours s'est estompé. Les syndicats agissent maintenant la plupart du temps en front commun. « Les trois syndicats belges défendent à peu près les mêmes options, explique Pierre Blaise, chercheur au Crisp. Et c'est logique. Il peut y avoir des différences de points de vue dans l'un ou l'autre dossier, comme par exemple sur les politiques familiales. Mais globalement, les attentes des travailleurs ne varient pas en fonction des étiquettes

Dans le même temps, le marché du travail évolue. Le nombre d'ouvriers ne cesse de diminuer avec le déclin de l'industrie tandis que celui des employés augmente au contraire considérablement. Le monde ouvrier lui-même se modifie. Avec l'introduction de l'informatique dans les chaînes de production, le travail de nombreux ouvriers n'est plus très éloigné de celui des employés. La culture syndicale s'en trouve affectée. Les affiliés attendent désormais autre chose de leur organisation qu'un discours sur les valeurs. Les syndicats doivent s'adapter. Ils étoffent la gamme de leurs services (juridique, sociaux, etc.) - lesquels deviennent l'élément central de la concurrence qu'ils se livrent.

Le rapport au monde politique aussi évolue. A l'origine, les syndicats font corps avec leur parti frère. Ils y trouvent chacun leur compte. Les syndicats parce qu'ils peuvent peser sur la décision politique. Les partis, parce qu'ils disposent d'un réservoir d'électeurs. Aujourd'hui encore, des liens structurels subsistent entre les deux mondes. André Mordant, secrétaire général de la FGTB, est membre du bureau du PS. La CSC a gardé des liens forts avec le CD&V. Mais les appartenances sont désormais plus diluées. Début des années 70, le Mouvement ouvrier chrétien se déclare pluraliste et coupe les ponts avec l'ex-PSC - même s'il y garde de solides entrées. Dans les années 90, la FGTB n'hésite pas à s'opposer au PS pour le punir de son soutien aux politiques d'austérité de l'époque. Même s'ils restent encore utiles, les liens ne sont plus indéfectibles. Les syndicats ont, il est vrai, acquis du pouvoir par eux-mêmes. En siégeant dans des organes importants comme le Conseil central de l'économie ou le Conseil national du travail, ils pèsent sur les décisions. Pour le reste, les marges de manoeuvre budgétaire sont devenues tellement réduites que les acquis qu'ils peuvent obtenir en faisant jouer leurs alliés politiques se sont raréfiés. Désormais, les syndicats sont sur la défensive.

© La Libre Belgique 2004





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