Fourniret serait sans lien avec Dutroux

Fourniret serait sans lien avec Dutroux
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R.P.

Le doute profite aux hypothèses. Et c'est ce qui s'était tout naturellement produit dès 1996 à la faveur des incertitudes d'alors dans les affaires Dutroux et Brichet. Dutroux pouvait-il être impliqué dans la disparition de la jeune Namuroise ? Et pouvait-elle avoir été victime du même «réseau» qu'on évoquait à l'époque ?

S'il a pu paraître naturel de se poser la question, c'est que le doute s'était partout instillé. Du côté de Jean-Marc Houdemont et de sa compagne Monique Cherton, par exemple (lire par ailleurs). Ce cinéaste mort à l'heure de faire les révélations qu'il venait d'annoncer pour la disparition d'Elisabeth Brichet passait pour un lien possible avec Dutroux. Au mois de juillet 2003 encore, Me Jean-Maurice Arnould, l'avocat des parents d'Elisabeth, déposait une requête en complément d'enquête visant l'affaire Dutroux.

«Grâce particulière»

Il évoquait d'abord l'analyse génétique des cheveux trouvés dans la maison de Marcinelle, car beaucoup n'avaient pas trouvé de «propriétaire». Or, indiquait Me Arnould, Michelle Martin, l'épouse de Dutroux, et Monique Cherton avaient dans un lointain passé fréquenté un même presbytère d'un même village du Hainaut. Où se trouvait une caravane appartenant à Dutroux. Un lien paraissait donc possible à l'avocat. Le juge d'instruction Guy Coméliau avait, il faut dire, lui-même inculpé Cherton comme complice de l'enlèvement d'Elisabeth, car elle lui paraissait celer ce qu'elle pouvait savoir... Autre coïncidence relevée à l'époque par Me Arnould : le père de Monique Cherton et celui de Marc Dutroux s'étaient jadis fréquentés au Congo. Mais que reste-t-il de cela ?

Me Arnould voulait encore que soit approfondie la déposition d'un témoin qui prétendait avoir vu Michel Nihoul et Jean-Marc Houdemont arpenter ensemble les pavés d'un grand magasin de Flémalle, en région liégeoise. Un témoignage paraissant toutefois bien peu solide, à la façon de ce qui s'était produit pour la «présence» de l'escroc bruxellois à Bertrix (rapt de Laetitia Delhez).

L'orientation donnée par le verdict d'Arlon - des culpabilités sans réseau - et les tout derniers événements tendent décidément à éteindre cette vision des choses. «Vraiment, rien ne permet d'établir le moindre lien objectif entre Houdemont et Fourniret» , déclarait mercredi le procureur du Roi de Namur, Cédric Visart de Bocarmé - sans exclure toutefois la poursuite de plusieurs vérifications, pour en avoir le coeur net. Et entre Dutroux et Fourniret ? «Non, il n'y a aucun lien crédible qui apparaisse» dans les dossiers, disait hier le procureur général de Liège, Anne Thily. En ajoutant : «On ne va pas recommencer» , l'intonation désignant clairement la thèse du «grand réseau». Rien, dans les dossiers...

Couples maléfiques

Malgré tout, on s'interroge déjà sur la fortune de Fourniret qui possédait, près de Sedan, à la fin des années 80, un petit château d'une valeur, à l'époque, d'un quart de million d'euros. «Monique Olivier a donné à ce sujet des explications qui sont en cours de vérification» , a expliqué Mme Thily. Des explications qui ne tendraient pas - autant qu'on sache pour le moment - à montrer de financement par un réseau de pédophiles. Mais là aussi, ce sera vérifié en profondeur.

En logique, il apparaît en tout cas que la rapidité avec laquelle Fourniret mettait ses victimes à mort - 24, 36 ou 48 heures au plus - s'insère mal dans le schéma d'une «collaboration» avec Dutroux ou quiconque et désigne plutôt un psychopathe pervers. Qui a admis, mercredi en interrogatoire, être «attiré par la grâce particulière et la virginité des jeunes filles».

En revanche, certaines similitudes transparaissent : Fourniret agissant avec l'aide de sa femme, celle-ci se disant «sous influence» et menacée par son mari si elle parlait, mais dont les aveux scellent finalement le sort du pervers, voilà qui ressemble furieusement au couple Dutroux-Martin.

Toujours est-il que, à eux deux, Fourniret et Dutroux expliquent déjà bon nombre de disparitions. Même s'il en reste autant à élucider, sans jamais désemparer.

© La Libre Belgique 2004

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