Le domaine du Sautou a livré ses secrets

Une pelle mécanique et la trace d'une tranchée hâtivement rebouchée: c'étaient dimanche matin les seules traces qui subsistaient, aux abords du château du Sautou, à Donchery, des fouilles entreprises la veille. Elles avaient, samedi soir, confirmé les aveux de Monique Olivier et de Michel Fourniret. C'est bien là que Fourniret a enterré Jeanne-Marie Desramault et Elisabeth Brichet.

Le domaine du Sautou a livré ses secrets
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PHILIPPE MAC KAY

À DONCHERY

Une pelle mécanique et la trace d'une tranchée hâtivement rebouchée: c'étaient dimanche matin les seules traces qui subsistaient, aux abords du château du Sautou, à Donchery, des fouilles entreprises la veille.

Elles avaient, samedi soir, confirmé les aveux de Monique Olivier et de Michel Fourniret. C'est bien là que Fourniret a enterré Jeanne-Marie Desramault et Elisabeth Brichet. Il n'a fallu qu'un peu moins de dix heures de recherches pour localiser les restes des deux victimes. Les pelleteuses réquisitionnées auprès de la Direction départementale des Ardennes avaient entamé leurs travaux vers 10 heures, samedi matin. Mais déjà, cinq heures plus tôt, tout le périmètre avait été bouclé, élargissant l'interdiction de circuler faite tant aux journalistes qu'aux curieux.

Jusqu'alors, il avait été possible de s'approcher du château du Sautou, quitte à agacer ses actuels propriétaires et ceux qu'ils hébergent. Samedi à l'aurore, les barrières ont été placées dès l'embranchement proche de la départementale, une fois passée «La Claire», ce cours d'eau qui traverse aussi la propriété du Sautou.

Un convoi franco-belge

Les véhicules officiels avaient quitté Dinant peu avant sept heures: une voiture blindée pour Fourniret, une autre pour sa femme, et les autorités judiciaires en cortège, le tout précédé de véhicules munis de gyrophares et sirènes hurlantes. A la frontière française, changement de voitures: c'est un convoi mixte, composé de magistrats belges et français qui est arrivé vers huit heures trente à Donchery, entre Sedan et Charleville-Mézières, avec des hommes du service belge d'identification des victimes. Un dispositif imposant l'avait précédé, aux dimensions de la gravité de l'affaire: deux cents policiers dans le bois des Assimonts, des militaires en tenue kaki, les uns et les autres décidés à repousser toute velléité de curiosité, professionnelle ou malsaine.

Deux tristes découvertes

Désormais, de là où ils sont cantonnés, les journalistes n'ont plus aucune vue directe sur le château. Fourniret et Monique Olivier ont été amenés en voiture aussi près que possible de l'endroit que le pédophile a lui-même indiqué. Mais ce qu'il avoue avoir commis date de quinze ans, le terrain est meuble, il a pu y avoir des modifications qu'il ignore, puisqu'il a quitté le domaine en 1990. On va donc avoir droit à plusieurs navettes, entre le véhicule où se trouve Fourniret et l'endroit où la pelleteuse a été mise en action. Fourniret les donne de manière impassible, mécanique, sans émotion aucune, comme s'il ne s'agissait ni de lui, ni de deux jeunes victimes qu'il a fait disparaître dans des conditions atroces. Il fait un geste de la main, le «tractopelle» se déplace de quelques mètres, Fourniret retourne s'abriter dans la voiture. Monique Olivier est rappelée elle aussi. Puis Fourniret précise davantage: il évoque le placement de câbles souterrains, et c'est ce qui va guider les recherches. Malgré cela, le point de presse de 17 heures n'avance rien, quant à la localisation d'un des deux corps. Une heure plus tard, la nouvelle tombe: on a retrouvé un corps, à trois mètres sous terre. La prudence veut qu'on n'aille pas plus avant dans son éventuelle identification. Et puis il est normal que la famille soit la première avertie. Mais une indication ne trompe pas: seuls, à ce moment, les magistrats français en font l'annonce. Il doit donc s'agir de Jeanne-Marie Desramault, cette jeune Française de 22 ans, et non pas d'Elisabeth Brichet.

Les fouilles se poursuivent, cette fois à proximité de la maison qui jouxte le bâtiment principal du château. Peu avant vingt heures, l'information est donnée par le procureur du Roi de Namur, Cédric Visart de Bocarmé, visiblement ému: on a découvert un deuxième corps à une profondeur un peu moindre. C'est plus que vraisemblablement celui de la petite Elisabeth Brichet. Il y a des indices probants: enroulée dans une couverture, elle portait encore des lambeaux de vêtements, identifiables parce qu'ils avaient été décrits au moment de sa disparition; et puis quelques bijoux que Fourniret lui a laissés; et enfin et surtout, le portefeuille d'Elisabeth, qui contenait notamment la carte d'identité de la petite victime.

Il n'empêche: une certitude totale ne peut se baser que sur des analyses scientifiques - on pense à l'ADN -, tant pour Jeanne-Marie Desramault que pour Elisabeth Brichet. Peu après, deux corbillards quittent le château pour un endroit tenu secret, où vont reposer jusqu'à ce lundi les restes des deux victimes, qui seront ensuite analysés à l'Institut médico-légal de Bordeaux. Vers 23 heures, les voitures des autorités judiciaires quittent le terrain. La pelleteuse a été utilisée encore, pour restituer à ce qui a été la sépulture d'Elisabeth Brichet et Jeanne-Marie Desramault leur aspect originel. Fourniret s'en est expliqué: s'il a choisi ce mode de dissimulation des corps de ses deux victimes, c'est pour utiliser les engins dont il disposait à ce moment. Il effectuait au château du Sautou, acheté l'année d'avant, des travaux de câblage. Il avait loué une pelleteuse pour les mener à bien. L'intelligence pratique et froide de Fourniret aura consisté à se servir du même matériel aux fins que l'on sait.

D'autres fouilles ailleurs?

Tout est dit, donc, autour du château du Sautou. Tout, en ce qui concerne les objectifs que les parquets belge et français s'étaient fixés: dès l'instant où ils disposaient d'aveux crédibles, il fallait les étayer au plus tôt et recueillir des indices qui constitueront, demain, autant d'éléments à charge. La découverte des deux corps sur ses indications, à Donchery, constitue un élément de fait contre lequel il lui sera difficile d'argumenter.

Quant à savoir si cela clôt pour autant les recherches menées dans cette région, il est trop tôt pour le dire. On évoquait, il y a quelques jours, une autre maison de Fourniret située à Ville-sur-Lumes, près de Charleville-Mézières, en disant que des fouilles pourraient également y être entreprises.

Pour l'instant, comme c'était le cas dimanche après-midi, la petite commune de Donchery se prépare à retrouver le calme anonyme qu'elle aurait souhaité ne jamais quitter. Et redevenir ce «Donchery, village fleuri», qu'elle se vante d'être, à chacune de ses entrées.

© La Libre Belgique 2004

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