Le Lion rentre ses griffes. Pour mieux s'en servir?

V.d.W.

Yves Leterme, le formateur CD&V flamand, a eu raison. Fin de la semaine dernière, il avait décidé de suspendre les négociations en vue de la constitution du gouvernement flamand. Officiellement parce que les partenaires autour de la table avaient encore beaucoup de pain sur la planche: il resterait une bonne douzaine de points litigieux à régler. Officieusement, la suspension des pourparlers flamands a aussi permis de laisser passer la fête de la Communauté flamande, célébrée ce 11 juillet. Un accord précipité, conclu avant le week-end, aurait inévitablement déchaîné les ultra-flamingants, qui auraient sans aucun doute stigmatisé la faiblesse des revendications.

Dimanche, au contraire, on a assisté à des déclarations plus que posées de la part de responsables flamands visiblement en retrait. Le communautaire est resté extrêmement discret, voire absent, des discours prononcés ce 11 juillet. Que les francophones ne se rassurent pas trop vite: ils ne perdent rien pour attendre. Car il est évident que le texte négocié par les trois cartels (le CD&V-N.VA, le SP.A-Spirit et le VLD-Vivant) comprendra immanquablement un chapitre communautaire et institutionnel reprécisant l'ampleur des demandes flamandes avant que ne débute le Forum institutionnel.

On aura en revanche remarqué que pas une ligne ne concerne cette prochaine grand-messe institutionnelle dans l'accord conclu au Sud du pays (à la Région wallonne et à la Communauté française) entre le Parti socialiste et le Centre démocrate humaniste. Une manière claire de dire et de redire que les francophones ne sont demandeurs de rien.

Dimanche donc, en dehors d'une mini-manifestation de flamingants hurlant «que la Belgique crève» sur la Grand-Place de Bruxelles et d'un rassemblement du Vlaams Blok à Anvers réclamant un dialogue direct entre la Flandre et la Wallonie, les discours ont donc été très «soft». Le président du gouvernement sortant, Bart Somers (VLD), a bien rappelé que la Flandre était plus que jamais demandeuse d'une nouvelle réforme de l'Etat, la seule manière, selon lui, pour le Nord du pays, de faire face aux enjeux économiques. Mais les autres, comme le président du Parlement flamand, Norbert De Batselier (SP.A), ont préféré parler d'autre chose.

On retiendra encore que le formateur flamand, M. Leterme, a demandé que les Wallons réalisent leur part d'efforts budgétaires. C'est ce qu'avaient d'ailleurs annoncé la veille les présidents du PS et du CDH, Elio Di Rupo et Joëlle Milquet.

Le Lion flamand a donc caché ses griffes. Sans doute est-ce pour mieux s'en servir plus tard.

© La Libre Belgique 2004