Picqué, Olivier et Cie

Le sourire aux lèvres et une pile de dossiers à la main, Charles Picqué a quitté le siège du Parlement bruxellois vers 1h30, dans la nuit de samedi à dimanche. Accord de majorité en poche, le formateur régional PS était visiblement assez satisfait d’avoir pu mettre d’accord PS, CDH, Ecolo, VLD-Vivant, SP.A-Spirit et CD&V-N.VA. Il semblait soulagé, aussi. C’est que les débats avaient dérapé dans la dernière ligne droite, tard vendredi.

PASCAL SAC
Picqué, Olivier et Cie
©PAULINE BEUGNIES

Le sourire aux lèvres et une pile de dossiers à la main, Charles Picqué a quitté le siège du Parlement bruxellois vers 1h30, dans la nuit de samedi à dimanche. Accord de majorité en poche, le formateur régional PS était visiblement assez satisfait d’avoir pu mettre d’accord PS, CDH, Ecolo, VLD-Vivant, SP.A-Spirit et CD&V-N.VA. Il semblait soulagé, aussi. C’est que les débats avaient dérapé dans la dernière ligne droite, tard vendredi.

Et l’énorme carte que M. Picqué tenait, grossièrement roulée dans ses bras chargés, attestait que la refonte du chapitre consacré aux nuisances aériennes avait été méticuleuse. D’ailleurs, ce document jetait une ombre symbolique sur le reste de l’accord. Car il paraît évident que le compromis dégagé ouvre la porte à des interprétations divergentes.

La version définitive de cet accord ne doit être paraphée que ce lundi après-midi. Puis avalisée par les congrès des partis concernés, entre mercredi et samedi. Mais à ce stade, qu’en penser globalement ?

1 La majorité sera-t-elle viable ? Le MR s’efforce de semer le doute en soulignant qu’avec 43 sièges, PS, CDH et Ecolo ont la majorité dans l’aile francophone (72 élus) mais pas sur l’ensemble du Conseil régional (89 élus); donc, qu’ils dépendent d’alliés flamands. Les ressacs communautaires des derniers jours, sur le bilinguisme des administrations et les nuisances aériennes, semblent leur donner raison. Mais des négociateurs francophones rétorquent que même avec 72 sièges au Parlement, la majorité devrait composer avec les néerlandophones pour le gouvernement.
Reste que c’est une première. Il faudra voir comment cela fonctionne à l’usage. L’esprit des négociations peut inciter à l’optimisme : malgré les écueils communautaires, tous les nouveaux alliés affichent la volonté manifeste de réussir un projet de ville ambitieux. Et même, déjà, une certaine complicité. La présence des nationalistes de Spirit et de la N.VA aux côtés du SP.A et du CD&V inquiète toutefois certains francophones, qui ne le reconnaissent qu’en coulisses.

2 La coalition peut-elle réussir son projet ? A ce stade, elle affiche en tout cas à la fois plus d’ambition et davantage de cohésion autour de ce projet que le couple PS/MR, qui s’est déchiré entre 1995 à 2004. Même si la Région avait continué à travailler pendant ces années, la nouvelle majorité a la volonté très affirmée de renouer avec le dynamisme de la première législature d’existence de la Région, de 1989 à 1995. Ceci, surtout, dans le chef du PS, du CDH et d’Ecolo, entre lesquels il existe de très nettes convergences d’approches sur une série de problématiques urbaines.

3 L’association peut-elle échouer ? Elle ne peut se le permettre et ceci constituera sans doute sa meilleure motivation. Et cela pour plusieurs raisons. 1. C’est peut-être une question de survie pour Ecolo et le CDH. 2. En cas d’échec, la possibilité mathématique de reconduire une alliance de type Olivier (PS, CDH, Ecolo) ne se présenterait sans doute pas de sitôt. 3. Par contre, des résultats rapides lui permettraient de bousculer encore un peu plus le MR, lors des élections communales de 2006. 4. Le MR la guette au tournant et, avec 26 députés sur 89, il profitera immédiatement du moindre faux pas. 5. Si beaucoup l’ont déjà oubliée, la menace d’un blocage des institutions régionales par le Vlaams Blok demeure – sauf modification législative – s’il décrochait 9 sièges sur 17 en 2009. 4 L’alliance est-elle ambitieuse ? La note de départ de M. Picqué l’était déjà et la négociation menée sur cette base a encore chargé la barque. Dès le départ, sur base des comparaisons de programmes et de consultations (syndicats, patronat, milieux associatifs, administrations…), il y avait inscrit : le renforcement des aides aux entreprises; la création de 500 postes d’ACS par an; un effort en matière de qualification professionnelle; l’octroi d’un emploi de 9 mois et d’une formation à chaque jeune, à la place du stage d’attente; des aides accrues à la propriété et à la location; la construction de 5.000 logements publics; l’accroissement des crédits alloués à la revitalisation de quartiers défavorisés; des initiatives en matière de sécurité et propreté; le développement de la gratuité dans le transport public; etc. S’y sont ajoutés, à la demande d’Ecolo, des projets en matière d’environnement et d’écofiscalité; et, à la demande du CDH, du CD&V et du VLD, des promesses de réductions fiscales variées.

5 Cette union peut-elle se désunir ? Malgré la nette convergence de projets concrets, le communautaire a, déjà, montré qu’il guette au coin de la rue. Le climat bruxellois s’est souvent détérioré à la suite de pressions extérieures. Or la Flandre fourbit ses revendications pour l’automne. Et la marge d’interprétation au sujet du développement de l’aéroport de Zaventem pourrait également susciter des crispations, quand il faudra donner un avis, formel cette fois, sur l’extension de DHL.
Enfin, il en est déjà, même au sein de la majorité, pour douter que toutes les ambitions seront finançables avec la formule magique “choix de priorités, cohérence globale, étalement des dépenses, économies sans coupes claires”. Bref, l’arbitrage pourrait être douloureux. Pour rappel, la nouvelle opposition MR avait déjà jugé “infinançable” le document initial...