Séances surréalistes sur les survols

PASCAL SAC
Séances surréalistes sur les survols
©BELGA

ÉCLAIRAGE

Surréalisme, dans la nuit de samedi à dimanche, après la réunion où l’accord de majorité bruxellois a été bouclé. Alors que chacun se félicitait du compromis sur les nuisances aériennes, qui avaient suscité un blocage vendredi, un des négociateurs francophones avouait qu’il ignorait toujours ce que les néerlandophones reprochaient précisément au texte adopté en première lecture, sans vagues, la semaine passée. Un comble. Mais reprenons dans l’ordre.

Vendredi soir, donc, à la fin de la seconde lecture, SP.A-Spirit et CD&V-N.VA contestent le paragraphe «bruit». Des explications confuses et embarrassés qu’ils donnent, il ressort qu’ils veulent «un équilibre meilleur entre économie et environnement» et que «Bruxelles se montre solidaire».

Traduction des francophones? Les néerlandophones, Pascal Smet (SP.A) en tête, roulent pour la Flandre car: ils contestent le refus d’augmentation des vols de nuit (qui vise implicitement le projet d’extension de DHL); ils appuient le permis accordé à cet effet par la Province du Brabant flamand; il s’agit essentiellement d’emplois flamands (500 Bruxellois environ sur quelque 6000 postes de travail). Tout ceci sous la pression: il y a eu des contacts entre états-majors de partis et avec le gouvernement fédéral.

Les francophones refusent de revoir la copie et la réunion est suspendue vers 2 h du matin. Les néerlandophones partent gênés par les questions sur leurs motivations. Bref, la future majorité s’emberlificote les pinceaux, comme le cameraman de Télé-Bruxelles qui filme sur un pied, l’autre étant tiré par le câble du micro du journaliste…

Samedi après-midi, nouveau ton: M. Smet assure qu’il «roule pour les Bruxellois» et veut une solution équilibrée pour mieux servir leur intérêt à terme. Le pessimisme est général. M. Picqué fait la navette entre francophones et néerlandophones. Le blocage persiste pendant le JT de 19h de RTL-TVi mais, pas de bol pour la chaîne privée, la solution est annoncée dans celui de 19h30 de la RTBF… Elle est confirmée lors d’une pause vers 21h puis à la fin des travaux, vers 1h, sans guère de détails.

M. Smet jure alors qu’il n’a jamais demandé de renoncer à la phrase s’opposant à l’augmentation des vols de nuit. Ce que contestent certains participants: un texte flamand a circulé, où il était question de refuser l’accroissement des nuisances mais pas celui des vols (ce qui revient à dire qu’il peut y avoir plus de vols, si les avions sont moins bruyants) et de disperser au maximum les vols sur tout le territoire bruxellois.

Plusieurs participants ont insisté que le texte final est plus long «mais ne change pas grand-chose sur le fond, quant au refus de l’augmentation des vols de nuit». Et les hypothèses ont circulé: M.-Smet aurait choisi de s’émanciper de la pression du SP.A fédéral en obtenant, pour se dédouaner, la référence à l’accord de coopération entre niveaux de pouvoir; il voulait gagner du temps pour consulter ses instances fédérales et flamandes; des négociateurs ont surenchéri en croyant à une manœuvre pour faire tomber le gouvernement fédéral; etc. La plus probable est que personne, à Bruxelles, ne veut porter clairement le chapeau d’un éventuel départ de DHL.

Mais plusieurs négociateurs ont insisté que le texte adopté indique, surtout, que la position bruxelloise est: 1/ pas d’augmentation des vols de nuit; 2/ réduction des nuisances; 3/ sanctions éventuelles. Si le fédéral veut que DHL se développe, il pourrait donc, par exemple, accorder moins de vols de nuit aux autres compagnies… Le ministre FDF sortant, Didier Gosuin, et Jacques Vandenhaute (PRL), le président de l’Union belge contre les nuisances aériennes, y voient, eux, une capitulation bruxelloise, singulièrement francophone, face à la Flandre.

Pour eux, la seule réponse était de refuser clairement l’extension de DHL dès à présent. Mais plusieurs négociateurs bruxellois rappellent que Bruxelles n’a pas compétence directe en la matière et que le fédéral n’est pas forcé d’écouter son avis. M. Picqué, interrogé dimanche par la RTBF, a même admis que «c’est lors de l’élaboration de l’accord de coopération que la bagarre va être difficile, avec les autres niveaux». Dès samedi, des Ecolo et des CDH faisaient perfidement remarquer qu’au fédéral, «ce sera le problème du PS et... du MR».