Régionaliser en bonne entente

Transféré du gouvernement flamand au gouvernement fédéral, Renaat Landuyt (SP.A) s'est donc vu dans l'obligation d'écourter ses vacances pour mettre en place l'équipe qui sera chargée de l'épauler dans la gestion des matières liées à la Mobilité. Avec son cabinet, «le plus jeune de tout le gouvernement», il entend bien insuffler des «idées fraîches» dans ces dossiers souvent problématiques.

PIERRE GILISSEN ET GILLES TOUSSAINT
Régionaliser en bonne entente
©Olivier Pirard

ENTRETIEN

Transféré du gouvernement flamand au gouvernement fédéral, Renaat Landuyt (SP.A) s'est donc vu dans l'obligation d'écourter ses vacances pour mettre en place l'équipe qui sera chargée de l'épauler dans la gestion des matières liées à la Mobilité. Avec son cabinet, «le plus jeune de tout le gouvernement», il entend bien insuffler des «idées fraîches» dans ces dossiers souvent problématiques.

Quelles vont être vos priorités durant votre mandat?

On est en train de préparer une note qui s'articule autour de trois grands points. Premièrement, la régionalisation de la sécurité routière. Je suis prêt à la préparer. Pour ma part, le système des conférences interministérielles est très important parce que je suis attentif au fait qu'il y a une différence de sensibilité et de réalité entre les Régions sur certains points. C'est dans la politique d'application de la loi que l'on peut faire une différence entre les Régions, sans même toucher aux institutions. Je ne suis pas un ministre fédéral qui va s'arc-bouter sur ses compétences par principe.

Pour moi ce n'est pas un problème que la Flandre se montre plus sévère dans certains domaines en fonction de sa propre expérience et la Wallonie dans d'autres. Ce qu'il faut, c'est expérimenter dans la pratique afin de voir comment et dans combien de domaines nous pouvons le faire. Je veux faire l'exercice et je demande à mes collègues régionaux compétents dans cette matière de le faire également. On peut déjà faire en sorte dans le cadre de compétences actuel de régionaliser dans la tête et dans les pratiques, de manière à voir, à côté du Forum communautaire, comment on peut agir dans l'esprit d'un fédéralisme de coopération.

Inévitablement, si on touche à la sécurité routière, on en vient à la Justice...

Ce que je dis, c'est : commençons à régionaliser nos pratiques et puis on verra ce qu'il faut régionaliser structurellement. Je veux avoir des pratiques régionales pour prouver que des structures régionales peuvent fonctionner et mettre en évidence où il est vraiment important de régionaliser les institutions.

N'est-ce pas aller à contre-courant de l'harmonisation européenne qui est souhaitée?

On en arrive au deuxième point de ma politique. Si on veut avoir un Etat qui garantisse certains services aux gens, comme la mobilité pour tous, il faut faire en sorte que l'on suive et que l'on essaie d'influencer la politique européenne. Et cette harmonisation européenne est une question de collaboration entre entités. Entre les régions, il faut collaborer en étant conscient des différences et trouver une méthode pour bien partager les compétences. Ensuite, il faut se battre ensemble pour influencer le système européen.

Allez-vous accorder davantage d'importance à la prévention?

C'est le 3e axe de ma politique. Je souhaite établir de nombreux contacts avec des tas d'organisations, comme les Responsible Young Drivers, qui travaillent sur la sécurité routière et la mobilité des jeunes. Je veux chercher avec elles d'autres moyens de faire progresser la sécurité routière parce qu'elle ont une expérience concrète du terrain. Sur le plan de la sensibilisation, je veux faire autre chose que de grandes campagnes d'affichage au bord des autoroutes. Je souhaite mettre sur pied un Forum des jeunes pour la sécurité routière avant la fin de l'année pour discuter avec eux des modalités d'instauration d'un permis de conduire par étapes pour les jeunes conducteurs. Si l'on réalise cela, on disposera d'un outil pour négocier avec les assureurs une diminution du coût des assurances. Commencer avec le permis par étapes pourrait mener ensuite à rediscuter du permis à points, pour lequel il ne manque que les arrêtés royaux d'exécution. S'il existe un consensus, moi, je suis pour. Mais je ne veux surtout pas de malentendu avec les jeunes, car c'est par eux qu'il faut commencer à changer les mentalités.

Qu'est-ce qui a motivé votre décision d'avancer l'évaluation de la loi sur la sécurité routière?

Même si je suis un défenseur de cette loi, j'ai pu constater durant la campagne électorale qu'elle suscitait pas mal de reproches. Je plaide donc pour une évaluation rapide en établissant notamment une concertation avec diverses organisations d'usagers. Ceci dit, je ne vois pas beaucoup de choses à modifier sur ses principes. Là où je vois des problèmes, c'est dans la manière dont elle est appliquée. Sur le plan technique, mes contacts avec des juges de police montrent qu'il y a effectivement des choses à corriger, mais la philosophie de cette loi est la bonne.

Seriez-vous prêt à diminuer le montant des amendes ?

En ce qui concerne les amendes, je suis partisan d'une liaison de leur montant aux revenus. Ce système ne devrait être appliqué qu'aux infractions les plus graves, celles qui se retrouvent devant les tribunaux. C'est une piste possible pour modérer les montants les plus élevés, mais je suis beaucoup moins enthousiaste pour une diminution générale. Dans certaines zones de police, on nous dit déjà qu'on constate une diminution sensible du nombre d'accidents du fait des nouvelles amendes.

Votre prédécesseur a élaboré un plan de dispersion des vols de nuit sur Bruxelles et sa périphérie. Vous comptez le réévaluer ?

Il y a une évaluation qui est prévue fin septembre. Pour moi, il n'y a pas lieu de modifier ce plan, mais il faut l'inscrire dans un accord politique qui inclue toutes les Régions concernées. Il faut qu'on définisse tous ensemble l'avenir qu'on veut donner à l'aéroport de Zaventem, et pas seulement avec DHL. Il y a un arbitrage à faire entre le gain en matière d'emplois et le bien-être des riverains.

Une étude récente faisait un calcul économique entre les emplois créés et le surcoût en termes de soins de santé. Est-ce qu'on n'arrive pas dans une logique extrêmement cynique ?

Selon d'autres études, lorsque le chômage augmente dans une Région, on dépense davantage en soins de santé également. Je reçois 300 courriers électroniques par jour sur ce sujet ! Mais parmi ceux qui se plaignent des nuisances de bruit, il y en a qui reconnaissent qu'ils sont aussi des utilisateurs de l'aéroport et que les choses ne sont pas si simples. Il faut trouver un point d'équilibre, et des solutions. En Belgique, n'importe quel problème technique devient politique et le choix d'une piste de décollage pour un avion peut se retrouver à l'agenda du Conseil des ministres. C'est quand même assez original !

© La Libre Belgique 2004