Le fédéral opte pour 28000 vols

Le dossier DHL aura été un des sujets délicats du gouvernement Verhofstadt II et malgré les assurances des vice-Premiers, certains observateurs n'excluent pas l'hypothèse qu'il entraîne la chute de la majorité violette.

Ph.Law.
Le fédéral opte pour 28000 vols
©JOHANNA DE TESSIERES

DERNIERE MINUTE: Malgré les turbulences qui secouent actuellement la société DHL de Zaventem, tout était calme mardi matin au siège de l'entreprise. La grande majorité des activités ont lieu pendant la nuit et le travail s'est déroulé normalement, ont annoncé les syndicats. Environ 200 travailleurs, épaulés par les syndicats, se rendront dans la journée à la Chambre afin d'entendre la déclaration du Premier ministre Guy Verhofstadt. "Les travailleurs veulent tous aller à la Chambre mais les activités doivent se poursuivre. Ce n'est pas le moment de les interrompre", a expliqué Hendrik Vermeersch du BBTK-Setca. "Notre délégation est limitée à 15 personnes du centre de tri pour des raisons pratiques et de travailleurs d'autres unités: 200 personnes au total". La délégation partira à 13H30 de Brucargo avec des bus jusqu'au boulevard Pacheco.

Le dossier DHL aura été un des sujets délicats du gouvernement Verhofstadt II et malgré les assurances des vice-Premiers, certains observateurs n'excluent pas l'hypothèse qu'il entraîne la chute de la majorité violette.

Et comme pour mettre davantage la pression, l'opérateur de courrier express exige, pour ce mardi, une réponse à sa requête d'accroissement de son activité à Bruxelles. «Nous devons avoir une réponse pour aujourd'hui, car nous avons calqué notre agenda sur la date que l'exécutif fédéral nous a donnée. On nous avait promis une solution pour fin janvier, puis début septembre. Notre patience à des limites et l'absence de réponse pour ce mardi serait un mauvais signal pour la réalisation de notre projet à Zaventem», menace Xavier De Buck, directeur commercial de DHL-Belgique. Il refuse de parler de chantage. En attendant, les 4 scénarios mis sur la table depuis samedi («La Libre» du 20/09) se sont enrichis dimanche tard d'un cinquième, qui n'est pas vraiment neuf, car il a déjà été évoqué: renvoyer les vols charters et d'autres opérateurs fret présents sur le site de Bruxelles-National vers les aéroports de Liège-Bierset ou d'Ostende et affecter la totalité des mouvements autorisés à Zaventem à DHL. «Tout le monde sait que nous sommes intéressés par les solutions qui enverront des vols à Liège», se réjouit José Happart (PS), président de la SAB, gestionnaire de Bierset.

Changement d'option

L'avantage de cette option est qu'elle maintient la limite des 25000 vols de nuit annuels imposés à Biac (gestionnaire de Zaventem), certains exigent une révision du plan de dispersion de l'ex-ministre Anciaux (Spirit) pour soulager notamment l'Oostrand (périphérie est de Bruxelles). Bruxelles refusant toute augmentation des survols au-dessus de la capitale, il y a de fortes chances que la révision évoquée dirige des vols sur le Noordrand (nord de Bruxelles).

Lundi, tard dans la nuit, une solution semblait se dessiner, mais au niveau fédéral. Selon nos informations, le gouvernement fédéral aurait accordé son violon sur le scénario 4 de compromis de la ministre Onkelinx (PS). Plus question d'envoyer les vols charters et de fret à Liège-Bierset ou à Ostende. Il faut dire que cette solution avait été rejetée par les compagnies concernées (lire ci-contre).

Dans l'option choisie, le verrou des 25000 vols imposés à Zaventem saute et le nombre de mouvements passerait à 28000. La révision du plan de dispersion serait à l'agenda, de même que la création d'un institut de contrôle comme demandé depuis longtemps par les riverains. Sans oublier le démarrage du programme d'isolation des maisons et la signature d'un accord de coopération entre le fédéral, Bruxelles et la Flandre. DHL doit s'engager à renouveler sa flotte.

Concrètement, il est prévu de renoncer définitivement à «la route Chabert» qui traverse Bruxelles de part en part pour se replier sur la route du Canal. Toutes les nuits en semaine, les atterrissages se feront sur les pistes parallèles (pistes 25) et les décollages sur l'une d'elles (les communes de Diegem, Haren, Evere, Schaerbeek, Laeken et le Noordrand seront survolés) et la diagonale (piste 20: survol de Sterrebeek et de Tervuren). Le week-end, tous les mouvements s'effectueront en journée sur les pistes parallèles. Reste à savoir si les Régions accepteront ce compromis fédéral.

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Même s'ils se gardent pour l'instant de sortir officiellement du bois, les pilotes gardent cependant un oeil observateur sur les scénarios. Mais l'inquiétude grandit chez eux. «Ils veulent revoir certaines procédures de décollage, mais cela ne servira pas à grand-chose. Nous sommes inquiets à propos de la solution qu'ils vont nous pondre et qui, en pratique, sera difficile à appliquer. Ceux qui négocient s'imaginent qu'on peut slalomer avec un avion entre les habitations comme sur une route, alors que c'est bien plus compliqué que ça», dit un pilote souhaitant garder l'anonymat. Il doute même de la vraie motivation de certains partenaires du dossier. «Il y a des responsables de Biac et de Belgocontrol qui ont intérêt à ce que Biac soit privatisée. Pour eux, c'est la survie même de la société gestionnaire du site qui est en jeu aujourd'hui, car si DHL s'en va, Zaventem deviendra un aéroport de province et plus personne ne sera intéressé par la privatisation de Biac», analyse-t-il. Mais la difficulté des partenaires est de trouver une option qui garantit l'équilibre entre les enjeux économiques (emplois) et l'assurance d'un environnement sain pour les riverains. Le bruit est la principale source de nuisance qui dérange. Pour le contenir, Biac s'est vu imposer un «quota count» (QC, niveau de bruit d'un avion) global à Zaventem. Actuellement, il est de 85000, mais les opérateurs n'en ont consommé que 74000 en 2003. Un des scénarios est de permettre à DHL d'accroître ses vols (en faisant sauter le total des 25000 mouvements sur le site et le porter à 28000), mais en restant dans le corset d'un QC de 74000. Le QC varie selon les avions et les opérateurs en tiennent compte dans l'achat des appareils en raison des contraintes de limitation des nuisances autour des aéroports. A Zaventem, DHL utilise des avions baptisés MD 11 (QC: 11) des B 767 (QC: varie entre 7 et 10) et des Airbus A 300 (QC: 11). Mais si on impose à DHL de renouveler sa flotte, il ne pourra changer que les 2 derniers types, car il n'existe pas encore sur le marché (des avions d'occasion) ayant d'autres caractéristiques du MD 11 entrant en compte (nombre de kilomètres parcourus également appelé rayon d'action, volume de charge). (Ph. Law.) © La Libre Belgique 2004