Un compromis qui divise

Après plus de 21 heures de négociation entre l'exécutif fédéral, les gouvernements bruxellois et flamand, le dossier d'extension de DHL à Zaventem n'a malheureusement pas été bouclé mardi.

Ph.Law.
Un compromis qui divise
©Christophe Bortels

Après plus de 21 heures de négociation entre l'exécutif fédéral, les gouvernements bruxellois et flamand, le dossier d'extension de DHL à Zaventem n'a malheureusement pas été bouclé mardi. « C'est un mauvais signal pour nous, mais nous continuons d'analyser les trois alternatives: Zaventem, Vatry et Leipzig», dit Xavier De Buck, directeur commercial de DHL. Et pourtant, un compromis élaboré par le fédéral faisait un mélange des scénarios précédemment évoqués (LLB des 20-21/09). Le texte, qui comprend 17 dispositions, tente de trouver un équilibre entre la requête de l'opérateur de courrier express (DHL veut 34000 vols de nuit en 2012) et la qualité de vie des riverains. Mais il divise les Régions. Si au niveau fédéral, on estime que le texte est à l'intersection des exigences des Régions (Flandre, Bruxelles), beaucoup de points restent en travers de la gorge des deux exécutifs régionaux.

Une route inacceptable

Bruxelles refuse toujours de voir la limite des 25000 vols de nuit annuels imposés à Zaventem passer à 28000 mouvements comme indiqué dans le document. «On nous demande d'harmoniser nos normes de bruit avec celles de la Flandre alors qu'on a des critères différents. Bruxelles se base sur des pics de bruit alors que la Flandre utilise des moyennes. De plus, on veut que Bruxelles renonce à ses actions judiciaires en cours sur le dossier», dit une experte du cabinet de la ministre bruxelloise Evelyne Huytebroeck (Ecolo). Le texte prévoit aussi que les avions évitent à l'avenir Diegem, un point que les partenaires bruxellois ont du mal à comprendre. Les vols militaires et non commerciaux (environ 1800 mouvements) ne sont pas concernés par l'accord, or ils viendront gonfler la limite des 28000 vols. Le délestage des vols charter ou de fret des opérateurs autres que DHL vers les aéroports de Liège-Bierset ou d'Ostende n'est pas non plus prévu.

Au cabinet du ministre-Président Charles Picqué, on assure que la nouvelle route de jour le long du Canal est inacceptable, car elle traverse des zones densément peuplées. Toutefois, l'exécutif bruxellois dit avoir fait preuve d'ouverture pour trouver une solution. Il affirme que le non-déblocage du dossier est à mettre sur le compte de son homologue flamand, en particulier le CD&V, qui a fait des propositions «imbuvables et inacceptables», martèle-t-on au cabinet du ministre Benoît Cerexhe (CDH).

Des points positifs

En effet, le gouvernement d'Yves Leterme (CD&V) refuse la révision du plan de dispersion élaboré par l'ex-ministre fédéral Bert Anciaux (Spirit) et souhaiterait que les avions survolent davantage la capitale. «Mon plan de dispersion peut être amélioré, mais je refuse qu'on touche à l'essentiel, qui est une plus grande dispersion des vols. Je veux juste que Bruxelles ait sa part de nuisances», se défend Bert Anciaux.

Pour le vice-Premier Didier Reynders (MR), même si le texte n'est pas idéal, ses dispositions peuvent satisfaire la Flandre et Bruxelles. Il les invite donc à prendre leurs responsabilités (interview ci-contre). «Ce texte est un document de base car je refuse le dépassement du plafond des 25000 vols de nuit annuels. La Région bruxelloise doit être ferme et cohérente dans le respect des intérêts de ses habitants», a commenté l'ex-ministre bruxellois de l'Environnement Didier Gosuin (FDF/MR), un son de cloche qui est en contradiction avec celui de son chef file au fédéral.

Le texte du fédéral comporte néanmoins des éléments positifs. Il impose à DHL un renouvellement de sa flotte. Les autres opérateurs sont également concernés. Il conditionne le dépassement graduel du quota des 25000 vols à la réalisation «graduelle» du programme d'isolation des maisons (mais les expropriations sont ignorées). La création d'un institut de contrôle intergouvernemental est aussi à l'agenda. Sans oublier l'accord de coopération, qui va prévoir que tout engagement fasse l'objet d'une collaboration entre les offices d'emploi du pays tant au nord qu'au sud (Orbem, Forem, VDAB).

© La Libre Belgique 2004


La torture du bruit C'est à l'est de Bruxelles, sous la piste 02, que les nuisances sonores sont parmi les plus intolérables, comme en témoignent les riverains. «On devient obsédé!» Philippe Jung habite à Woluwe-Saint-Pierre, à 7 km de l'aéroport. «Les nuisances sont très variables mais parfois, il y a jusqu'à 40 avions qui passent sur une nuit. On est obligé de se cloîtrer, de fermer toutes les fenêtres mais on a encore du mal à s'endormir car il y a très peu de temps entre deux passages, on devient obsédé.» «C'est une véritable torture.» Jacques Coomans vit depuis 40 ans à Stokkel. Quand les avions empruntent la piste 02, ils passent à 200 m au-dessus de sa maison - selon lui, ça arrive une nuit sur 10. «Quand ils volent au-dessus du toit, c'est comme si un TGV passait dans le jardin. C'est terrorisant, ça domine absolument l'environnement sonore, on ne peut faire autrement qu'entendre ce bruit. Heureusement, ce n'est pas tous les jours mais quand ça arrive, on est réveillé plusieurs fois par nuit, c'est mauvais pour la santé. On soumet les gens à un régime de torture, la torture du bruit.» «A des kilomètres, c'est déjà infernal!» Edouard Hayez habite Woluwe-Saint-Pierre, il ne se considère pas comme riverain de l'aéroport car il n'habite pas juste à côté, et pourtant: «Ce n'est pas encore invivable mais ce n'est par normal que des avions passent pendant la nuit. Ce ne sont pas les avions qui sont gênants, c'est la fréquence. S'il n'y avait qu'un avion qui passait à 5h du matin, il n'y aurait aucun problème. Mais ce n'est pas un avion, c'est une succession d'avions et ça tape sur les nerfs. Si l'extension de DHL passe, il y aura une augmentation du trafic de 50pc, ce sera insupportable, et moi je suis loin, j'imagine que pour ceux qui habitent tout près, ça doit être affreux!»