Une nuit sans accord

Le gouvernement fédéral n'est pas parvenu à faire fléchir les gouvernements flamand et bruxellois dans le dossier DHL. Une nuit et une partie de la journée de mardi n'auront pas suffit à dénouer le noeud. Le suspense a été intense. Verhofstadt se rend à la commission de la Chambre à 17 heures 30. Les mains vides.

VINCENT ROCOUR
Une nuit sans accord
©DEMOULIN

Mardi matin. Des journalistes viennent prendre la relève de leurs collègues qui ont fait le pied de grue toute la nuit devant le «16». Ces derniers cachent mal leur irritation. «On nous a laissés sur le trottoir», lâche un vieil habitué. «Ils ont juste daigné nous offrir un café à 5 heures du matin.»

On se repasse le film de la nuit. Tout commence le lundi à 16 heures 30. Les principaux ministres du gouvernement fédéral sont réunis en «kern». Ils planchent sur un scénario de compromis visant à satisfaire les plans d'expansion de la société DHL à Zaventem. Ils doivent terminer avant 20 heures. A cette heure-là, ils ont rendez-vous avec les ténors des gouvernements bruxellois et flamand qu'ils ont convoqués au Lambermont, la résidence du Premier ministre, pour entériner le texte. Mais le «kern» traîne un peu. Guy Verhofstadt reporte d'abord d'une heure le rendez-vous. Puis, il invite les exécutifs régionaux à les rejoindre au «16, rue de la Loi».

Chambre à part

Les délégations régionales arrivent vers 21 heures 15. Les Flamands sont logés au premier étage, les Bruxellois sont installés au rez-de-chaussée et les ministres fédéraux campent dans la salle du Conseil des ministres. Guy Verhofstadt a promis de présenter un accord le lendemain à 14 h 15 devant la Chambre. Il veut aller au finish.

Un curieux va-et-vient se dessine. Le vice-Premier SP.A Johan Vande Lanotte est chargé d'expliquer le scénario de compromis fédéral à la délégation flamande. Son homologue PS, Laurette Onkelinx, fait la même chose avec les Bruxellois.

A 23 heures 30, tout s'arrête. Le ministre-Président flamand Yves Leterme (CD&V) quitte le «16» pour présenter le scénario de compromis fédéral aux experts de son parti. Fâchés, les ministres bruxellois Benoît Cerexhe (CDH) et Evelyne Huytebroeck (Ecolo) décident à leur tour de quitter le «16». Ils ne reviendront qu'après le retour d'Yves Leterme, à 01 heure 30.

Vers 4 heures 30, le Premier ministre convoque pour la première fois tous les négociateurs autour d'une même table. Johan Vande Lanotte énumère les points de désaccord. Des modifications sont proposées. Mais à la marge: les équilibres du texte sont calculés au millimètre.

Les allées et venues reprennent. A 7h40, Laurette Onkelinx est l'invitée de «Matin Première» (RTBF). Un studio de fortune a été aménagé à côté du bureau du Premier ministre. Son intervention ralentit le travail des négociateurs qui l'écoutent mi-amusés, mi-irrités. Vers 8 heures 30, un nouveau texte est proposé. Mais il ne plaît toujours pas aux régionaux. La négociation patine. «C'est la méthode de pourrissement», analyse un Bruxellois. «Ils veulent nous forcer à accepter leur texte à l'usure. Et nous faire porter la responsabilité en cas d'échec.»

Désaccords persistants

Vers midi, une nouvelle réunion commune est programmée. Mais les désaccords demeurent. Guy Verhofstadt s'énerve. Il va jusqu'à menacer de tout arrêter. Tout en gardant l'espoir d'aboutir. Il téléphone au président de la Chambre Herman De Croo pour lui annoncer qu'il aura deux heures de retard. Les députés de l'opposition se déchaînent. Mais ils patienteront.

Une centaine de travailleurs de DHL déboulent dans la rue de la Loi vers 14 heures. Ils sont arrêtés par des chevaux de frise placés peu avant par la police. Une délégation de travailleurs est reçue vers 15 heures par le Premier ministre. A sa sortie, un délégué annonce qu'un accord serait en vue. L'espoir reprend. Mais tout capote définitivement vers 17 heures. Le CD&V n'a pas donné l'autorisation à Yves Leterme de signer le texte. Les Bruxellois ne se montraient de toute façon pas beaucoup plus disposés à le faire. Verhofstadt se rend à la commission de la Chambre à 17 heures 30. Les mains vides.

© La Libre Belgique 2004

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