«Le conflit DHL relève du phénomène Nimby»

Pour Gilles Meeus, éco-conseiller, le fossé entre environnement et économie est appelé à se creuser.

RACHEL CRIVELLARO

L'opposition des riverains à l'extension de DHL relève-t-elle du phénomène Nimby - «Pas dans mon jardin» - qui suppose la défense égoïste de ses seuls intérêts?

Dans sa stricte formulation, on peut parler d'un phénomène Nimby qui veut que chacun -convaincu de son bon droit- veuille imposer une solution unilatérale. C'est le cas pour les riverains comme pour les syndicats de DHL. Aucune des deux parties ne se sent suffisamment relayée par les représentants politiques et tous les moyens conflictuels sont bons pour être entendus, comme utiliser les médias comme caisse de résonance, par exemple. Reste que si chacun a le sentiment d'être sacrifié sur l'autel des intérêts d'autrui, cela ne signifie pas pour autant que les récriminations ne sont pas légitimes. Nuisances sonores comme souci pour l'emploi sont des préoccupations tout à fait légitimes.

Existe-t-il des solutions pour concilier des intérêts aussi contradictoires?

Trouver une solution «win-win», c'est évidemment toujours possible. Le problème, c'est quand l'arbitrage est renvoyé dans le camp des autorités publiques et que du coup d'autres considérations se greffent sur la négociation qui - stricto sensu- relève pourtant d'un pur conflit d'intérêts entre développement économique et santé publique. Les considérations communautaires me semblent appartenir à une tout autre catégorie d'intérêts...

Certains avancent que les plaintes sur la pollution sonore des vols de nuit manifestent surtout les préoccupations des milieux sociaux aisés...

Il existe une définition tout à fait scientifique et incontestable de la nuisance sonore. Plusieurs études ont démontré son impact sur la santé mentale comme physique. Maintenant, certaines catégories sociales peuvent être plus ou moins sensibles au bruit que d'autres en raison des caractéristiques du milieu dans lequel elles évoluent. Des ouvriers habitués à des travaux lourds dans un environnement bruyant peuvent, par exemple, trouver tout à fait égoïste que l'on sacrifie leur emploi pour des raisons de santé publique. Mais, ce n'est pas une raison pour tabler sur ce type de phénomène qui n'est d'ailleurs pas une règle.

Peut-on tout justifier au nom de l'emploi?

Non, on ne peut pas favoriser l'emploi à n'importe quel prix. L'emploi doit être facteur de développement social, urbanistique et environnemental sinon, à la longue, on risque d'avoir un effet «boomerang». Combien de villes, de bassins industriels synonymes d'emploi et d'activité économique ont fini par payer cher cette image? Que l'on pense à certaines villes d'Europe de l'Est ou encore, plus près de nous, Charleroi qui traînent toujours une image négative.

Le conflit entre environnement et développement économique est-il appelé à s'intensifier?

Indubitablement. L'évolution climatique et environnementale de la planète va peser de tout son poids sur le développement économique et provoquer des choix cornéliens.

Que l'on songe seulement à la raréfaction des ressources pétrolières et à son impact sur l'industrie et par définition sur l'environnement. Et, à chaque fois, la question de l'emploi sera au rendez-vous. Apprendre à gérer et à concilier des conflits d'intérêts aussi cruciaux constitue incontestablement le défi de demain pour les politiques.

© La Libre Belgique 2004