Fausse note et vraie sortie de Simonis

Tout en restant députée régionale et communautaire, Isabelle Simonis a dû dare-dare, samedi, démissionner comme présidente du Parlement de la Communauté française. Chef de groupe PS, le Verviétois Jean-François Istasse, 53 ans, la remplacera au perchoir. Editorial: Le prix d'une bourde

Paul Piret
Fausse note et vraie sortie de Simonis
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Tout en restant députée régionale et communautaire, Isabelle Simonis a dû dare-dare, samedi, démissionner comme présidente du Parlement de la Communauté française. Chef de groupe PS, le Verviétois Jean-François Istasse, 53 ans, la remplacera au perchoir. On conseille à ce parlementaire actif, tranquille et souriant de s'y accrocher ferme: il sera le sixième à occuper la fonction en six ans seulement!

Le point de départ? Vendredi, la rédaction du «Soir» reçoit de l'attaché de presse de la Présidente une note de travail. Plutôt, une espèce de PV un peu décousu (et sans orthographe...) de propos tenus à une réunion de travail. On y a évoqué la campagne publique d'information qu'Isabelle Simonis, au nom de l'institution francophone, voudrait lancer courant mars, à l'occasion de la Journée internationale de lutte contre le racisme. Une phrase du court document (d)étonne: il serait bon d' «attirer le vote des étrangers vers le PS» en général et sa fédération liégeoise en particulier.

Mélange des genres? Une consoeur vespérale interroge Isabelle Simonis. Elle tente de rectifier le tir. Mais au lieu de temporiser, et ainsi de s'informer sur ce document dont elle ignorait l'envoi voire le contenu, elle s'enfonce en expliquant que ladite note n'est qu'un document interne et très provisoire, «première mouture du document qui sera présenté au bureau du Parlement de la Communauté française, après avoir été soumis à la fédération liégeoise du parti».

Plus tard, cette fois dans «la DH Dimanche», elle certifiera n'avoir «jamais dit cela comme ça. Cette partie de mes propos a été déformée». Qu'importe: si le mal n'était pas fait avec la seule (fausse) note, il l'est avec la tentative de justification, donnant davantage qu'un semblant de confirmation à l'idée que le PS entreprenait bien d'utiliser de l'argent public à des fins de propagande partisane. «Elle a perdu les pédales», commente-t-on entre camarades...

Du coup, samedi, ça s'emballe. L'opposition au Parlement demande des explications. Marcel Cheron (Ecolo) se dit «pour le moins interpellé» et Françoise Schepmans (MR) dénonce «l'instrumentalisation constante des gens d'origine étrangère par le PS». La Présidente est effondrée. Elle ne veut mouiller ni le Parlement, ni son parti. Sans besoin d'y être poussée par son président de parti, à ce qu'on dit, Mme Simonis annonce sa démission sur le coup de 16 h. «Ni victime ni fautive», dit-elle, elle conçoit bien que «la dure loi de la politique est que les apparences sont aussi importantes que les réalités». Aussi, si elle assure que la volonté d'attirer le vote des étrangers vers le PS ne reflétait «en rien» les objectifs qu'elle entendait poursuivre et les valeurs qui sont les siennes, elle ne veut ni que la suspicion nuise à la sérénité des débats qu'elle était amenée à présider, ni fournir «des armes supplémentaires aux ennemis de la démocratie ou aux chantres de l'intolérance»...

Le doute n'est plus permis, il y avait bien faute, réagira Françoise Bertieaux, chef de groupe MR. Elio Di Rupo, lui, dira saluer le sens des responsabilités de la démissionnaire: «Le Président du PS souhaite qu'Isabelle Simonis poursuive en tant que parlementaire socialiste ses combats de toujours pour l'émancipation de chacun».

Ce n'est pas impossible, mais d'abord, la digestion sera rude.

© La Libre Belgique 2004