Rony Brauman: «Arrêtons avec ce ton alarmiste qui n'a pas lieu d'être!»

A contre-courant. Incontournable figure de l'action humanitaire, le docteur Rony Brauman fut président de MSF de 1982 à 1994. Il est désormais directeur de la Fondation de recherches de Médecins sans frontières à Paris et professeur à l'Institut d'études politiques. Mercredi 5 janvier 2005

MARTIN BUXANT

ENTRETIEN

A contre-courant. Incontournable figure de l'action humanitaire, le docteur Rony Brauman fut président de MSF de 1982 à 1994. Il est désormais directeur de la Fondation de recherches de Médecins sans frontières à Paris et professeur à l'Institut d'études politiques.

L'aide d'urgence délivrée en Asie fait-elle mouche?

Dans ce genre de situation, les secours d'urgence ne peuvent rien. Les rescapés sont essentiellement pris en charge par la solidarité de voisinage et par leur environnement immédiat. Contrairement à ce que l'on croit, une population frappée par une catastrophe naturelle ne se trouve pas en situation d'effroi. La première heure passée, les gens s'entraident. Et ce n'est pas en mettant toujours plus d'argent que l'on accélère la progression des convois humanitaires... Il faut compléter cette action par des vivres et des moyens d'épuration de l'eau. Les secours extérieurs ont de l'importance mais il y a un niveau de saturation...

On l'a atteint?

On s'en approche. C'est un niveau à partir duquel on remplit les caisses des ONG mais plus les poches ou les estomacs des gens affectés.

Dès lors, il ne sert plus à rien de donner de l'argent?

On peut toujours trouver des prétextes pour dépenser des millions mais ce n'est pas l'objectif. On a l'obligation morale d'envoyer l'argent pour l'objectif auquel il est dédié. On n'a pas le droit de le réaffecter ailleurs. Voilà pourquoi MSF a suspendu sa collecte pour le tsunami.

Et l'aide logistique, est-elle efficace?

La logistique, encore une fois, c'est essentiellement le travail des armées et des polices locales. Il faut appuyer l'action mais il n'y a pas besoin de faire monter cela à un niveau extrême au risque de tarir les sources de financement pour d'autres populations qui ont des besoins plus grands...

© La Libre Belgique 2005

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