«Les partis flamands creusent leur propre tombe»

Quelle position les partis francophones doivent-ils adopter mercredi, en commission de l'Intérieur, face aux partis flamands? Joëlle Milquet précise sa demande.

FRANCIS VAN de WOESTYNE

ENTRETIEN

Quelle position les partis francophones doivent-ils adopter mercredi, en commission de l'Intérieur, face aux partis flamands? Joëlle Milquet précise sa demande.

Le CDH appelle-t-il à une nouvelle concertation entre francophones?

Ce que le CDH demande, c'est que les partis de la majorité, les flamands et les francophones, aient la cohérence et le courage de déterminer le lieu et la procédure de discussion de la problématique de BHV. C'est le Premier ministre qui a institué une conférence interministérielle et un groupe de travail pour discuter de cette question. Il faut que le Premier ministre mette tout en oeuvre pour qu'il soit bien entendu, entre partis francophones et flamands de la majorité, que l'on ne discutera pas des propositions de BHV au sein de la commission de l'Intérieur. À défaut d'avoir la certitude que les partis flamands de la majorité adopteront bien cette attitude, il sera indispensable que les francophones se rencontrent techniquement pour qu'il y ait une stratégie commune, collective, bien huilée. Je tiens beaucoup à cette logique de cohérence.

Le PS est allé un peu plus loin en disant: si l'examen des propositions débute, le PS quittera la salle. Le CDH suivra-t-il?

Bien sûr. Mais je trouve que quand on définit une stratégie collective, il faut avoir des expressions collectives. Cela doit être la règle. Nous, dans l'opposition, nous avons refusé la logique qui nous aurait conduits à faire de la surenchère politicienne à l'égard des autres partis francophones, une logique qui viserait à faire tomber le gouvernement. Nous voulons jouer la carte francophone dans l'intérêt de l'ensemble des citoyens francophones. Lors de la dernière réunion des présidents francophones, il a été dit, clairement, qu'il n'était pas question d'entamer la discussion sur les propositions au sein de la commission. C'est clair et net. M. Giet l'a réexprimé: il était peut-être maladroit de dire qu'il s'agissait d'une position du PS. C'était bien une position de l'ensemble des francophones. Le CDH, lui, ne trouve pas nécessaire de sortir isolément.

On sent que la stratégie est de gagner du temps jusqu'à ce que Guy Verhofstadt et les partis de la majorité dégagent un compromis, avant Pâques...

Si on fait un groupe de travail, tout le monde doit y participer: il ne s'agit pas que l'on se retrouve face à une proposition de compromis négociée ailleurs. Il ne faut pas pousser. Mais pour nous, ce groupe de travail ne doit se préoccuper que de la problématique de Bruxelles-Hal-Vilvorde: pas question d'en faire un groupe de révision institutionnelle permanent.

Dès lors que les francophones entament une négociation, c'est qu'ils acceptent le principe de la scission...

Mais pas du tout. Il y a des propositions de loi déposées par les Flamands. D'autres ont été déposées par les francophones: parmi celles-ci, celle du PS et du CDH - prévoyant un retour aux anciennes circonscriptions - a été considérée comme légale et constitutionnelle par le Conseil d'Etat, ce qui n'est pas le cas de celle du MR. Mais pour éviter un vote imposé par les députés flamands (ils sont majoritaires), un groupe de travail équilibré et paritaire a été créé. C'est donc bien là que la problématique BHV doit être étudiée. Mais cela ne signifie nullement que les francophones acceptent la scission.

Il n'empêche que l'exigence flamande est très forte et qu'elle est au programme du gouvernement flamand. La scission est-elle envisageable pour autant que l'on maintienne les droits individuels des francophones?

Les Flamands sont demandeurs, certes, mais ils n'ont pas envie d'élections. Il faut savoir jusqu'où ils sont prêts à jouer. La scission ne va pas améliorer la vie d'un seul Flamand. Par contre, une crise d'Etat, qui déclencherait des élections... les Flamands feraient bien d'y réfléchir. Veulent-ils consacrer le Vlaams Belang comme premier parti dans les mois qui viennent? Ils vont donc devoir faire la pondération des intérêts et de leurs priorités. Ils sont en train d'organiser un problème alors que les priorités, je le répète, sont ailleurs. Collectivement, en s'entêtant de la sorte, les partis flamands sont en train de creuser leur tombe. Le CDH et les francophones n'ont pas peur de nouvelles élections, même si l'on peut penser que ce n'est pas la meilleure chose qui puisse arriver au citoyen.

© La Libre Belgique 2005