Ces médecins venus d'ailleurs

Paradoxe. Alors que le nombre de médecins diplômés sortant des universités du pays est limité depuis quelque temps, des médecins italiens ou français - lesquels n'ont pas besoin du précieux sésame délivré par l'Institut national de maladie-invalidité pour prester en Belgique - sont recrutés dans des hôpitaux belges. Le phénomène semble pour l'instant circonscrit à certains établissements et à des départements en proie à la pénurie.

Ces médecins venus d'ailleurs
©JEAN-LUC FLÉMAL
Vincent Rocour

Paradoxe. Alors que le nombre de médecins diplômés sortant des universités du pays est limité depuis quelque temps, des médecins italiens ou français - lesquels n'ont pas besoin du précieux sésame délivré par l'Institut national de maladie-invalidité pour prester en Belgique - sont recrutés dans des hôpitaux belges. Le phénomène semble pour l'instant circonscrit à certains établissements et à des départements en proie à la pénurie, singulièrement en anesthésie. Mais on ne peut pas exclure son extension.

Marc De Kock, chef du service d'anesthésiologie à l'hôpital universitaire Saint-Luc (UCL) confirme: « Le nombre de candidats anesthésistes admis par l'Inami pour l'UCL - 11 par an - ne sera pas suffisant pour couvrir les besoins de l'hôpital. Idéalement, il nous en faudrait 21. Conséquence? On fait appel à des candidats médecins venant d'autres pays européens. Nous avons ainsi engagé dans le service des assistants italiens, espagnols et surtout français. Et ce phénomène pourrait bien s'aggraver si, à l'avenir, on nous impose, en vertu d'une directive européenne, de limiter le temps de travail des assistants à 40 heures par semaine

Comment est-ce possible? C'est qu'il y a une faille dans le système. A l'instar d'un certain nombre d'autres pays européens, la Belgique limite le nombre de diplômés qui peuvent exercer le métier de médecins. Mais cette règle ne vaut que pour les titulaires d'un diplôme obtenu dans une université belge. En vertu des dispositions communautaires, un médecin qui a été formé dans un pays de l'Union européenne a le droit d'aller s'installer et exercer sans entrave dans n'importe quel autre pays membre.

La coexistence de ces deux législations peut entraîner des situations cocasses. Un exemple: le responsable d'un service hospitalier explique qu'il a engagé une jeune Belge originaire de Saint-Vith, qui a fait ses études en Allemagne, qui dispose donc d'un diplôme allemand et qui a pu venir travailler en Belgique sans problème, contournant ainsi la règle d'airain du numerus clausus belge. C'est d'ailleurs très précisément la coexistence de cette double législation qui permet aujourd'hui à des candidats spécialistes français ou italiens d'envisager venir travailler dans un hôpital belge.

Contournement

On peut s'interroger: pourquoi donc des médecins étrangers choisissent-ils de se faire la main dans un établissement belge? Pour beaucoup, il s'agit en fait de contourner les règles de contingentement en vigueur dans leur propre pays. Ainsi, en France, les spécialités sont attribuées par concours. Et les quotas sont sévères. Un étudiant, détenteur d'un diplôme de médecine générale et à qui l'accès à la spécialité d'anesthésiste par exemple a été refusé, peut faire un stage dans un hôpital belge pour repartir ensuite, muni d'un diplôme de spécialiste en bonne et due forme, dans son pays d'origine. Tout le monde y gagne finalement. L'hôpital belge qui parvient ainsi à maintenir stable son encadrement en dépit du contingentement et les candidats spécialistes étrangers qui contournent le numerus clausus.

Tous les établissements ne semblent cependant pas vouloir se tourner vers l'étranger pour remplir les cadres. L'hôpital universitaire de Liège par exemple privilégiera une autre solution, en interne. « Si tout le monde s'y met, on risque de durcir encore un peu plus le numerus clausus, expose-t-on à la direction médicale de l'établissement. Ce sont alors les étudiants belges qui vont en pâtir

Les migrations sont pour l'instant encore assez limitées. Mais la perspective que la libre circulation des travailleurs soit accordée à tous les nouveaux pays de l'Union suscite déjà des sueurs froides. A n'en pas douter, le débat sur le numerus clausus n'est pas prêt de s'épuiser.

© La Libre Belgique 2005