Des implants contre les bourdonnements d'oreille

Egalement appelés tinnitus, les acouphènes se traduisent par des bourdonnements, bruissements, tintements, sifflements continus dans les oreilles, ou dans la tête, malgré l'absence de tout son émis dans l'environnement. On imagine les conséquences qu'une telle gêne peut avoir sur la qualité de vie des patients qui en souffrent jour et nuit.

Laurence Dardenne
Des implants contre les bourdonnements d'oreille
©Demoulin Bernard

Egalement appelés tinnitus, les acouphènes se traduisent par des bourdonnements, bruissements, tintements, sifflements continus dans les oreilles, ou dans la tête, malgré l'absence de tout son émis dans l'environnement. On imagine les conséquences qu'une telle gêne peut avoir sur la qualité de vie des patients qui en souffrent jour et nuit.

Entre autres traitements (médicaments à l'efficacité relativement faible, sophrologie, masqueur d'acouphènes...), on peut stimuler le patient pendant la nuit, en diffusant via une oreillette une musique agréable que son cerveau associera aux acouphènes, un traitement qui donne de bons résultats dans les trois quarts des cas.

Pour les personnes n'ayant répondu à aucun traitement, une autre possibilité consiste à placer un implant cochléaire, c'est-à-dire un système électronique, implanté sous la peau et dans l'oreille, complété par un émetteur placé derrière celle-ci. L'indication classique des implants cochléaires concerne cependant les personnes atteintes de surdité bilatérale.

L'expérience anversoise

Le Pr Paul Van de Heyning, de l'hôpital universitaire d'Anvers, vient de livrer les résultats d'une étude menée dans son service auprès d'une dizaine de patients, atteints de surdité unilatérale, pour lesquels les autres traitements visant à venir à bout des acouphènes avaient échoué. Les sujets sélectionnés ont été implantés avec un système de la dernière génération, muni de très fines électrodes. L'objectif de l'étude consistait à voir dans quelle mesure on pouvait rétablir l'audition et la fonction de l'oreille interne tout en réduisant les nuisances liées aux bourdonnements.

Après une période allant de six mois à un an d'implantation, selon les cas, soit une moyenne de 9 mois de suivi, la plupart des patients ont signalé une nette diminution des acouphènes. D'un degré de 9 en moyenne, sur une échelle allant de 1 à 10, soit un degré à la limite du supportable, ils sont passés à 3. «On peut dire que, pour ces patients, les acouphènes ne sont plus considérés comme un problème dominant dans leur vie, nous explique le Pr Paul Van de Heyning, ils sont même passés à l'arrière-plan. De ce fait, ils estiment que leur qualité de vie a été améliorée de façon significative et que leurs activités quotidiennes ne sont à présent plus perturbées par ce problème. On a également constaté une très nette diminution, voire l'arrêt de la prise de calmants et d'anti-douleurs chez ces patients, ainsi qu'une amélioration de la capacité auditive globale. Jusqu'alors, on pensait qu'un implant cochléaire n'était pas indiqué d'un seul côté avec une oreille normalement entendante de l'autre côté, par crainte de brouillage entre les deux sources d'information. Cela semble ne pas être le cas». L'équipe d'Anvers a par ailleurs établi que les acouphènes résultaient d'une dysfonction de la cochlée (canal de forme spirale, situé dans l'oreille interne). Reste le prix de cette intervention non remboursée dans cette indication, soit environ 20000 €. Prochaine étape: une étude multicentrique.

© La Libre Belgique 2005