Une condamnation unanime, du nord au sud, de droite à gauche de l'échiquier politique

An.H.

Les réactions suite à l'intervention d'Anne-Marie Lizin auprès de la présidente de la cour d'appel de Liège vont toutes dans le même sens: inacceptable!

Laurette Onkelinx (PS) est cinglante pour sa collègue socialiste: comme ministre de la Justice, elle dit ne pouvoir admettre un comportement qui, quelles que soient les intentions de son auteur, est contraire à la séparation des pouvoirs. «Une telle démarche ne peut, en effet, être comprise que comme une pression faite sur un magistrat.» Laurette Onkelinx a pris acte des excuses présentées par l'intéressée; elle insiste pour que chaque responsable politique du pays veille à ne jamais intervenir dans des affaires individuelles. «Il en va tout à la fois de la sérénité et de l'indépendance de la Justice et plus encore de la nécessaire confiance que les cours et tribunaux doivent inspirer aux citoyens.»

Pour Joëlle Milquet (CDH), Anne-Marie Lizin et ses services ont commis «une faute évidente» en adressant à une magistrate un courrier d'intervention. «Aucun mandataire politique ne peut se permettre d'intervenir, d'une manière directe ou indirecte dans une affaire pendante devant un juge», dit la présidente du Centre démocrate humaniste (dans l'opposition au fédéral). Le CDH souhaite que Mme Lizin s'explique au cours d'un débat en séance plénière, où on pourrait également établir un code de déontologie pour préciser le type de démarches autorisées dans des dossiers individuels.

Didier Reynders (MR), président du Mouvement réformateur, est nettement plus virulent face à l'attitude de MmeLizin «qui minimise les faits et semble confirmer le caractère habituel de sa démarche». Pour le MR, elle devra s'expliquer devant son Conseil communal, ses autorités de tutelle et ses pairs au Sénat. «Il n'est pas besoin d'attendre un quelconque code de déontologie pour faire respecter les principes élémentaires d'un Etat de droit. Il appartient en premier lieu à Mme Lizin de tirer les conséquences de ses actes dans ses différentes fonctions.»

Isabelle Durant (Ecolo) réclame une réunion rapide du Sénat pour qu'Anne-Marie Lizin s'y explique. Pour la secrétaire fédérale des Verts, il faut que les sénateurs puissent vérifier si la présidente, qui s'est gravement immiscée dans le pouvoir judiciaire, peut encore exercer son mandat.

Pour Jo Vandeurzen (CD&V) aussi, Anne-Marie Lizin doit se justifier devant la Haute Assemblée. C'est aux sénateurs de décider si leur présidente est en mesure de poursuivre sa tâche de manière crédible. Le président des sociaux-chrétiens flamands indique qu'il est indispensable que les juges puissent agir en toute indépendance. «Mme Lizin a donné, au minimum, l'impression qu'une intervention directe peut influencer un jugement», indique M. Vandeurzen.

Myriam Vanlerberghe (SP.A) juge également inadmissible la démarche de MmeLizin. La chef de groupe SP.A estime que l'affaire doit être évoquée au bureau du Sénat, avant d'examiner la question d'éventuelles sanctions. Un débat pourrait ensuite avoir lieu en séance plénière du Sénat.

Paul Wille (VLD) veut aussi que MmeLizin s'explique au bureau de la Haute Assemblée. Interrogé par l'agence Belga, le chef de groupe VLD au Sénat plaide pour l'élaboration d'un code de déontologie pour les parlementaires fédéraux, comme il en existe un au Parlement flamand. Il estime que l'intéressée a commis une faute, mais ne tient pas à ce que l'affaire conduise à de lourdes sanctions «étant donné les mérites de la présidente en général».

© La Libre Belgique 2005